CHAPITRE VI
Une émeute à Lausanne. — Alex. Chavannes et Henri Juvet devant les tribunaux. — Leur plaidoyer. — Ils sont bannis du canton. — Moudon. — Procédure instruite < ontre Junod. — Sa défense et son bannissement. — Henri Olivier condamné à Aubonne. — Les ministres vaudois exilés; leur activité à l'étranger.
Des réunions religieuses se tenaient depuis longtemps à Lausanne, et, malgré l'hostilité, malgré l'interdiction légale, elles n'avaient donné lieu à aucun désordre, lorsque, le 22 août 1824, à six heures et demie du matin, il se fit un grand rassemblement
tendaient pas à ce que leur demande fût prise en considération; ils en espéraient néanmoins quelque bon résultat. — Pour beaucoup d'ecclésiastiques du canton, la tolérance était encore une vérité nouvelle qu'il fallait leur laisser le temps de digérer. (Lettre écrite de Morges, 6 décembre 1824).
M. Alphonse Nicole, membre du grand conseil, s'était chargé de présenter l'adresse des 26. Après l'échec du 8, il écrivait à l'un des signataires , en lui exprimant la crainte que les classes ne voulussent pas s'intéresser à une telle démarche si on la tentait de nouveau : « Dans notre beau pays, il y a si peu de gens qui osent dire ce qu'ils pensent; la pusillanimité y est un produit du sol. » Et plus loin : « Si. au lieu de témoigner quelque commisération pour les persécutés, votre adresse eût réclamé contre eux une aggravation de peines, toute manière de la présenter eût été jugée régulière par M. le landammann et la majorité. Voilà l'esprit du moment. Combien cela durera-t-il ?.... » — Le landammann avait fait une mauvaise chicane aux pétitionnaires, en prétendant voir une irrégularité dans la manière dont l'adresse était parvenue au grand conseil.
Les détails qui précèdent ont été puisés dans- la correspondance provoquée par la nécessité de s'entendre au sujet de l'adresse. Cette correspondance elle-même nous a été obligeamment communiquée par M. L. Burnier
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de peuple devant la maison Rivier, au Grand-Saint-Jean, N° 44. Ce 22 août devait être décidément fatal à nombre de réunions religieuses en divers lieux du canton et il semble qu'il y ait eu un mot d'ordre donné d'avance pour cela. Quoi qu'il en soit, ce jour-là, 14 personnes furent surprises en flagrant délit de prière dans la dite maison Rivier, chez M. Alex. Chavannes qui y demeurait. Ce dernier était alors à Neuchâtel, mais M. Juvet présidait la réunion. Les délinquants avaient d'abord refusé de se séparer. Ils furent assaillis, à leur sortie, par des injures et par des pierres. L'assesseur de paix, Ch. Bugnion, qui avait procédé à la dissolution de l'assemblée, a cependant quelques paroles de blâme pour les persécuteurs.
Au moment où l'autorité faisait évacuer le local du culte, M. Juvet prétendant « qu'il n'avait d'ordre à recevoir que de son Sauveur, » refusa de sortir. Cette affaire parut d'abord au tribunal de première instance à Lausanne, le 21 septembre. Elle y reparut encore le 8 novembre, compliquée des procédures instruites à Yverdon contre Chavannes et Juvet, et à Moudon contre ce dernier.
A Lausanne, Juvet déclara positivement devant le tribunal que l'église nationale était dans une infidélité manifeste et qu'il en était entièrement séparé. Il prétendit que c'était dans leur inimitié contre Dieu que les autorités avaient donné la loi du 20 mai, pour détruire la foi chez les chrétiens et les mœurs qui nécessairement en découlent.
Le tribunal considérant Chavannes et Juvet comme des sectaires, rebelles à l'autorité et aux lois, perturbateurs du repos des familles et de la société, les condamna, Chavannes à un an de bannissement, Juvet à dix-huit mois de la même peine et les deux solidairement aux frais du procès et de leur détention à Yverdon.
Devant le tribunal d'appel, 31 janvier 1825, l'accusateur public en chef proclama nettement, dans son réquisitoire, que le