CHAPITRE VI
chez le sieur Henri Junod-Sancey, une réunion de sectaire's (sic). Ce dit Junod étant seul de sa famille et les neuf autres personnes étant étrangères, il parut évident au juge que cette assemblée devait être considérée comme illicite. Inutile de dire que le magistrat demeura insensible à l'argument que Junod invoquait pour légitimer ce culte extra-légal, savoir que V église de Moudon tétait pas celle voulue par Dieu !
Nous ne reproduirons pas ici les questions adressées par le juge de paix aux divers prévenus, non plus que les réponses de ceux-ci ; les unes et les autres n'ont rien de très caractéristique , rien que nous n'ayons déjà entendu dans de précédents interrogatoires. Le magistrat continue à se retrancher derrière la loi interdisant une secte qui trouble V ordre dans les rapports civils et religieux, et les prévenus persévèrent dans leurs accusations contre une église privée de discipline et dont ils ne peuvent plus envisager l'état actuel comme normal et conforme à la vérité. Nous laissons également de côté tout ce qui, dans l'interrogatoire fait par le juge, porte sur des détails vraiment puérils et concernant, par exemple, l'ordre suivi dans le culte de ces petites assemblées de fidèles.
Traduit à la barre du tribunal du Moudon, l'un des accusés, le nommé Faucherre, y donne le spectacle peu édifiant d'une lâcheté dont, jusqu'ici, il n'y avait pas eu d'exemple dans ces sortes de procès. Dans le but sans doute de prévenir la sentence qui serait portée contre lui, il charge beaucoup Junod qu'il accuse de l'avoir engagé à venir à ses réunions , de le lui avoir même fait promettre. Cependant, ce même individu, de concert avec tous les autres, déclare qu'on ne lui a ni promis, ni donné de l'argent et que chacun est libre d'aller au temple s'il le veut. Plusieurs d'entre les prévenus avaient assisté aux réunions présidées par M. Juvet, chez Mme Jordan-Veyre.
Les accusés n'ayant pas voulu de défenseur, le tribunal de Moudon rendit (14 janvier 1825) un jugement qui condamnait
Junod'à deux ans de bannissement, aux frais de sa détention et à la moitié des frais du procès ; un homme du Chenit, nommé Piguet, à six mois de confination dans sa commune, etc.
Le tribunal d'appel (25 janvier) n'adopta point entièrement les conclusions de l'accusateur public, sauf en ce qui concernait Piguet, qui fut libéré sans dépens. En revanche, Junod fut condamné à un bannissement de six mois, aux trois quarts des frais de la procédure et à ceux de sa détention ; deux autres inculpés à un mois ou quinze jours de prison disciplinaire et au reste des frais. De même que plusieurs de ceux qui étaient tombés comme lui sous le coup de la loi du 20 mai, Junod présenta au tribunal d'appel une défense qu'il avait écrite lui-même dans la chambre d'arrêt de Moudon.
On comprend facilement ce que devait renfermer ce plaidoyer d'un homme évidemment peu lettré et qui s'appelle lui-même un pauvre horloger. Junod ne pouvait que reproduire les arguments déjà invoqués tant de fois dans des causes identiques, contre le caractère injuste, arbitraire de la loi du 20 mai que l'accusé déclare être sectaire parce quelle est en opposition directe avec les commandements du Seigneur. De même encore que dans d'autres plaidoyers de ce genre, la partie défensive est suivie d'une attaque en règle contre l'église nationale que, dans son état présent, les accusés ne pouvaient reconnaître pour la vraie église de Jésus-Christ et qui était, à leurs yeux, entachée de nombreuses erreurs. Un dernier point de la défense de Junod est relatif à la sentence du tribunal de Moudon, sentence qualifiée d'inique, parce que les accusés n'avaient pas été entendus. Pour eux donc, il n'existait plus, dans le canton de Vaud, de liberté ni de patrie: il n'y avait plus que Y inquisition d'Espagne!
Tout en faisant la part de l'exagération qui se glissait facilement dans le langage d'hommes souvent peu habitués à manier la plume ou à parler en public et qui n'avaient pas appris dans les hautes écoles à se servir toujours des termes propres, il est