‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 46 sur 215 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les derniers temps de la vie d'Henri Juvet. — Sa mort. — Les pasteurs du Gard. — La Feuille religieuse du canton de Vaud. — Son but. — Les attaques dont elle est l'objet. — Ses succès.

Tandis que le mouvement de réveil gagnait ainsi de proche en proche dans notre canton, le réveil lui-même voyait mourir l'un de ses premiers ouvriers et la dissidence l'un de ses fondateurs. Nous avons déjà raconté comment Henri Juvet, obligé, par sentence du tribunal, de quitter sa patrie, s'était d'abord réfugié à Fernex. Il y demeura quelques mois, soutenant avec ses amis et avec les jeunes églises dissidentes du canton de Vaud des relations épistolaires suivies. Mais, bientôt, l'état de sa santé devint tel, qu'il dut songer à quitter Fernex pour un climat plus doux. Il avait été d'abord question pour lui d'un voyage d'outre-mer ; mais Juvet préféra se rendre à Nîmes, où il arriva dans l'automne de 1825. Le voyage l'avait extrêmement éprouvé, et les vents violents qui régnent dans ces contrées lui furent très contraires. Du reste, la maladie de poitrine dont il souffrait et dont il avait contracté le germe dans son cachot, à Plsle, était déjà trop avancée pour qu'il y eût possibilité de guérison. Les soins les plus empressés et les plus éclairés lui furent inutilement prodigués.

Les pasteurs et les fidèles de Nîmes, voyant en Juvet un frère persécuté pour la cause de l'Evangile, l'avaient cordialement accueilli. Depuis son arrivée dans cette ville jusqu'à sa mort, il fut de leur part l'objet des attentions les plus fraternelles.

Sur son lit de mort, Juvet se montrait patient, résigné, plein de foi et d'amour : « Ma joie, c'est d'être soumis 1 , » répétait-il souvent. Sa prière constante était pour ses persécuteurs, pour les magistrats comme pour le peuple. Ayant appris que quelques paysans de l'isle et de Montricher avaient éprouvé du regret de leur conduite à son égard, il leva les yeux vers le ciel et demanda à son Dieu-Sauveur que sa mort fût pour la vie éternelle de plusieurs d'entre eux. Il ne doutait nullement que sa prière ne fût exaucée. Il les appelait toujours ses chers amis. Il parlait souvent de sa mort ; il se faisait lire la sainte Bible, chanter des cantiques; il priait sans cesse, et il était toujours dans la joie de son salut, avec des larmes d'allégresse. M. le pasteur Malan, de Genève, dans une visite qu'il fît à Juvet, après avoir prié avec lui, lui demanda s'il était joyeux en pensant à la mort ? Ce dernier lui répondit: « Comment ne me réjouirais-je pas d'aller voir bientôt celui qui m'a tant aimé! » Et cependant, il était le plus tendre des époux et le meilleur des pères. Deux ou trois mois avant sa mort, le Seigneur avait retiré le fils qu'il lui avait donné. Ceux qui le virent alors, savent avec quelle résignation il supporta cette perte ; de telle sorte que les incrédules eux-mêmes étaient dans l'admiration. Sa douceur et sa charité étaient connues de tous2. « J'ai prié souvent avec lui, écrivait le lendemain de la mort de Juvet M. le pasteur Gardes de Nîmes ; il avait une foi admirable ; il a été béni abondamment. Ce matin (25 novembre), à 5 heures, il a expiré dans nos bras. Sa fin a été celle du juste. Ses derrières paroles ont été celles-ci : Le combat est fini ; Seigneur Jésus, reçois mon esprit! et puis, se tournant vers sa femme, il lui a dit : « Adieu, nous nous reverrons. » J'avais passé la nuit près de lui, j'ai recueilli son dernier soupir et je déclare hautement que je ne connais que les apôtres qui aient montré cette foi surnaturelle de M. Ju-

1 Lettre de Mme Juvet aux sœurs Jordan et Félix, de Moudon. 7 octobre 1825. * Les derniers moments de M. H. Juvet, fidèle ministre de Christ. Genève 1826.

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