‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 5 sur 215 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

mais elle ne spécifie point comme délit toute espèce d'assemblées religieuses et toute communication de sentiments. Suis-je d'une secte? la loi du 20 mai me condamne. Ne suis-je d'aucune secte? la loi du 20 mai ne me condamne nullement. » Toute la question dépend donc de ce point: Rochat est-il d'une secte? Tant que cela n'est pas prouvé, il ne peut être condamné que contre les premiers principes de toute jurisprudence. « Ici, messieurs, ainsi s'exprime l'accusé, je repousse avec horreur, tant en mon nom qu'en celui de tous mes frères persécutés de ce canton, tout rapprochement qu'on s'efforce d'insinuer dans l'esprit du peuple, entre nous et les abominables fanatiques du canton de Zurich. On a fait traduire, imprimer, répandre avec profusion parmi nous, leur histoire avec une introduction et une conclusion qui, quoique en termes couverts, étaient habilement calculées pour nous signaler au peuple, comme pouvant tomber dans ces affreux excès 1 »

Après cela, Rochat expose les points fondamentaux de la doctrine du salut. Il offre d'appeler en témoignage plusieurs de ceux qu'il instruit dans ces doctrines et il conclut en ces termes :

« Je ne suis pas sectaire, puisque ma foi et mes enseignements sont conformes au serment que mon gouvernement m'a fait prêter le jour de ma consécration. Donc la loi du 20 mai ne peut m'atteindre l »

Mais Rochat pense qu'on lui objectera sa séparation d'avec l'église nationale. «Je pourrais dire, d'abord, que la séparation qui a lieu maintenant dans ce pays est le propre ouvrage de l Eglise nationale, qui a commencé par traiter durement, par noter dans le pays comme des insensés et rejeter même de son sein, des ministres fidèles à la vérité de Dieu et au serment de leur consécration. Jamais, dans toute la suite des âges de l'E-

' Comparer ce que nous avons dit nous-mème sur ce point, dans notre premier volume, pag. 381 et suivantes. Une toile peinte représentant les atrocités de Wildenspuch, était promenée dans les rues, et l'on distribuait, à bas prix, le récit des faits.

glise chrétienne, on ne traita d'acte de sectaire, la séparation d'avec un corps qui persécute la vérité... De plus, la séparation d'avec une église n'a jamais constitué par elle-même une secte. A ce compte, les réformateurs seraient des sectaires... La loi du 20 mai ne définit point le mot secte qu'elle emploie 1 et il faudrait lui donner un sens absolument arbitraire pour que lui, Rochat, fût condamné. »

Jci, Rochat réfute les accusations du père B. et, à cette occasion, il fait remarquer « qu'un grand nombre de personnes enflammées de rage contre les chrétiens séparés de l'église nationale, vivent en parfaite amitié avec nombre de gens qui se tiennent éloignés du culte de cette même église par un principe d'impiété, et n'y mettent jamais les pieds, et que ces mêmes personnes mettent en avant leur amour pour leur religion ! » Rochat déclare qu'il ne se met point au-dessus de l'autorité des magistrats et de celle des parents, comme on le lui a imputé dans la procédure. . . Si la jeune B. a été reçue par lui, contrairement à la volonté de son père, c'est d'après le principe que l'autorité des parents cesse, là où elle est en conflit avec celle de Dieu J.

Rochat ne veut pas, dit-il, s'arrêter à deux atroces calomnies qu'on a répétées dans le public, « l'une, que nous sommes des instruments de menées politiques; l'autre, que nous avons été soldés par l'étranger pour agir comme nous le faisons. C'est dire, en d'autres termes, que nous avons vendu nos consciences et c'est ce qu'on nous crie, même dans les rues. » On accuse les chrétiens de troubler la paix religieuse et domestique ; on invoquait le même grief contre les apôtres (Actes XVI). Mais si l'acharnement qu'on montre contre les chrétiens était l'amour de la paix,

' Hochat cite ici la définition du dictionnaire: opinion hérétique uu erronée, et il .iftinne que tel n'est pas son cas.

* Ce sont des laits semblables, accompagnés d'une éuonciatioii de principes sur l'opposition possible entre l'autorité des parents et celle de Dieu, qui ont pu faire accuser le réveil de pousser les enfants à la révolte contre leurs parents. Nous croyons i:ette accusation fondée sur des apparences plus que sur des réalités.

Page 1