CHAPITRE I
pourquoi ne se tournerait-il pas contre les cabarets, le jeu, le libertinage, l'impiété, la débauche, etc., etc. ? « Il n'y a que l'Evangile qui mette en fureur. L'amour de l'ordre et de la paix n'est doncqu'un prétexte... Les divisions viennent de ceuxqui n'aiment pas l'Evangile... Là où l'on sait que le gouvernement ne vent pas qu'on persécute, là, les désordres n'ont pas lieu. »
11 paraît que la manière dont M. Rochat avait repoussé l'application qu'on faisait, à lui et à ses frères, de la loi du 20 mai, fut envisagée par quelques personnes comme une ruse. Aussi, dans un avis important inséré à la suite de la défense, Rochat repousse cette accusation. Il sait que la loi a été faite contre eux ; mais il sait aussi qu'ils ne sont point des sectaires et que, par conséquent, la loi ne leur est point applicable. La leur appliquer, c'est blasphémer, car c'est donner le nom de secte à la doctrine évangélique qu'ils prêchent.
Le jour où Rochat fut jugé par le tribunal de première instance, les frères et sœurs en la foi qu'il comptait à Vevey passèrent la matinée avec lui ; pour la première fois, ils prirent la cène ensemble. Ils se préparèrent ainsi et se fortifièrent pour ce qui devait suivre. Du reste, tous s'attendaient à ce que Rochat serait absous. Celte espérance fut trompée. Le tribunal condamna l'accusé à trois ans de bannissement et aux frais. « Cette rigueur, à laquelle nous ne nous attendions pas, personne n'ayant encore été victime de la loi persécutrice, fut une grande épreuve pour nous... Il semblait que l'œuvre allait être arrêtée, comme le gouvernement ou ses agents le disaient. On paraissait couper le mal dans sa racine ; en chassant les ministres , on croyait tout arracher. Mais plusieurs âmes furent réveillées par ces événements ; beaucoup furent engagées à lire les Ecritures \ »
Simvle narre.
D'après le dispositif même de la loi du 20 mai (art. 6), la cause de Charles Rochat devait être portée devant le tribunal d'appel. Cela eut effectivement lieu le 18 octobre suivant. La défense de l'accusé, prononcée encore par lui-même, constatait l'insuccès de son premier plaidoyer. Les conclusions de l accusa leur public près le tribunal de Vevey prouvaient l'embarras que ce magistrat avait éprouvé à appliquer la loi. Les considérants sur lesquels il s'appuyait étaient destitués de force et tout à fait hasardés. Toutefois, ce magistrat et ses collègues de Vevey s'étaient montrés à leur avantage, dans toute cette procédure.
Un grief toujours renouvelé contre les ministres évangéliques était celui-ci : La parole qu'ils prêchent a compromis l'ordre public sur plusieurs points du pays! C'est, répond Rochat, charger les victimes des péchés de leurs persécuteurs 1 «Il faudrait prouver que nous ne sommes pas de fidèles messagers de l'Evangile ; et c'est ce qu'on ne fait pas. » La raison des violences exercées se trouve dans l'opposition du cœur naturel à l'Evangile, dans la multitude d'imputations mensongères et d'atroces calomnies dont on a nourri le peuple pour l'aveugler et l'irriter. La continuation des désordres vient de V impunité même des auteurs des violences et des attentats dont les chrétiens ont eu à souffrir. Sur tant de points du pays, pas une seule punition n'a été infligée aux coupables. C'est la véritable plaie de notre pauvre pays. On cherche à s'excuser en prétextant l'impossibilité de trouver les vrais auteurs. A Vevey, on disait que, quand même on tuerait un des sectaires, l'on ne serait point puni. Cependant dans d'autres cantons (Genève), on avait bien su réprimer les fauteurs de désordres semblables.
Rochat reprend ici quelques-uns des arguments qu'il a pré-