CHAPITRE XI
adultère. Il faut discerner les sophismes de quelques frères à cet égard. Il n'y a point de charité à approuver l'erreur ni à la suivre. » Si, dans ces dernières paroles, nous percevons comme un écho lointain de l'esprit de secte, elles révèlent également un état d'affaissement, de relâchement, un temps d'arrêt ou, tout au moins, de ralentissement dans la vie religieuse. Et, chose curieusel ce n'est pas dans le canton de Vaud seul, ce n'est pas uniquement dans la dissidence vaudoise que cet état de choses se produit. A Genève aussi, après un temps de magnifique efflorescence, le réveil entrait alors dans une voie de relâchement et de longues discussions, fruits de ce même relâchement \ Le sel allait-il perdre sa saveur? Non, mais les chrétiens avaient besoin de nouveaux avertissements et ceux-ci allaient leur être donnés. •
L'année 1826 est une de celles qui ont eu à déplorer le plus grand nombre de procès intentés aux chrétiens évangéliques pour infraction à la loi du 20 mai.
A la fin de décembre 4825, une réunion toute fortuite avait eu lieu à Chardonne chez un simple vigneron, le père Richard . Poussé par un zèle digne d'une meilleure cause, le syndic de cette commune va dissoudre la réunion. «Ah! s'écrie-t-il, en entrant brusquement, c'est vous qui évangélisez icil qu'est-ce que c'est que tout ce monde. Allons, greffier, prenez note de tout cela, depuis le premier au dernier sans en manquer un seul2! » Le style du syndic de Chardonne n'est égalé que par
1 Bost. Mémoires, ï, pag. 376.
2 Pendant que le greffier prenait note des noms des assistants à la réunion, c'était le fils Richard lui-même qui tenait la chandelle et éclairait l'officier municipal. 0 sancta simplicitas !
celui de la municipalité. C'est de l'animation à froid, du plus haut comique: «Il existe, ainsi s'exprime la plainte adressée au juge de paix de Corsier, par l'autorité municipale de Chardonne, il existe dans la commune des sectes religieuses contraires à l'union de l'église, qui se propagent et peuvent avoir des suites très fâcheuses, un bouleversement de l'ordre établi dans la société et dans l'église. La municipalité est alarmée à la vue de pareils désordres qui causent les désunions dans les familles, etc. »
Devant le tribunal de Vevey (2 janvier), comparaissent M. Etienne Durand que nous connaissons déjà, et le père Richard. Celui-ci n'était pas séparé de l'église nationale ; il s'en défend même vivement. Parmi les assistants, M.Durand seul était séparé, comme l'on disait alors, et, devant le tribunal de district, après avoir déposé une protestation contre les allégués mensongers du syndic de Chardonne, il lut un mémoire justificatif.
Bien que nous ayons déjà plus d'une fois communiqué à nos lecteurs des extraits de défenses présentées devant les tribunaux par des accusés de la catégorie de M. Durand, ils ne nous sauront pas mauvais gré de leur faire connaître quelques-uns des moyens invoqués par ce dernier, en faveur de sa cause.
Il n'y aurait, selon l'accusé , rien eu d'étonnant à être tiré en cause devant un tribunal païen, mahométan ou papiste ; mais dans un pays chrétien et protestant, qui, aux termes de sa constitution, devrait jouir pleinement de la liberté de culte et de conscience, c'était une chose inouïe et incroyable ! Après un simple exposé des faits survenus à Chardonne, M. Durand faisait remarquer que c'est ainsi que le sanctuaire des familles était violé, que la maison de chaque citoyen, qui devrait être son chà-