‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 53 sur 215 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Après avoir été privé de sa suffragance d'Aubonne, M. Henriquet était venu habiter auprès de ses parents à Villeneuve, où il ne tarda pas à attirer sur lui, par sa fidélité chrétienne, l'opprobre du monde. Appelé à remplacer Charles Rochat comme pasteur du petit troupeau dissident de Vevey, il céda de suite à cette invitation. Mais il rencontrait tant d'opposition dans sa propre famille, qu'au moment de partir pour sa nouvelle destination il fut retenu sous clef, dans sa chambre, par sa mère. Au bout de quatre jours, il réussit enfin à s'échapper, après s'être chargé de tous les vêtements qu'il pouvait endosser ; ce qui ne laissa pas que de lui être fort utile, car, pendant plusieurs semaines, ses parents refusèrent de lui envoyer des habits d'hiver. Ils n'y consentirent qu'après avoir appris l'intention des amis de M. Henriquet de lui venir en aide sur ce point.

Une fois installé à Vevey, M. Henriquet se mita évangéliser avec zèle dans la ville et aux environs. Des réunions qu'il avait entreprises le dimanche soir, à Vevey, ayant donné quelque ombrage, furent suspendues pendant un temps. Des menaces avaient été faites contre ces réunions et même, un soir, M. Durand vit dans sa cour trois hommes qui cherchaient à pénétrer dans la maison. Sortis d'une taverne voisine et envoyés en députation , ils avaient dans leurs poches des drogues et entre autres de l'huile de vitriol dont ils comptaient asperger les assistants.

La municipalité de Vevey, irritée du refus de M. Henriquet de quitter la ville, prit le parti d'invoquer contre lui la loi du 20 mai, et c'est alors que l'assesseur Grenier se présenta chez M. Durand pour dissoudre la réunion qui s'y tenait. On n'en persévéra pas moins à s'assembler. Le juge de paix ayant mandé M. Henriquet auprès de lui, le traita fort mal et voulut, mais en vain, obtenir de lui la promesse de renoncer à ses réunions. Pour éviter les rigueurs de la justice, les fidèles prirent quelques précautions, changèrent les heures du culte, etc. « Nos

magistrats, dit à cette occasion l'auteur du Simple narré, — durent voir, par chaque nouveau procès, que la loi du 20 mai était loin d'atteindre le but pour lequel elle avait été portée. Lors de la première prise à Vevey, nous étions quatre témoins; lors de celle de Chardonne, il y en avait une vingtaine et pour l'affaire Henriquet, vingt et un ; ce qui était peu selon le nombre habituel des assistants à la réunion. » La mise en jugement de son pasteur ne troubla point la paix dont jouissait la petite église de Vevey. Elle se vit même renforcée par un certain nombre de frères de Chardonne qui s'unirent à elle. Dans ce même temps aussi, M. Vulliémoz, suffragant à Corsier, se mit à prêcher vigoureusement l'Evangile et à confesser hardiment la vérité en Christ. Le monde ne tarda pas à le haïr et son constituant étant mort il dut quitter Corsier, mais non pas avant d'y avoir provoqué le réveil de quelques âmes !.

Revenons au procès intenté à MM. Henriquet et Durand. Devant le tribunal de Vevey, l'accusateur public, M. Masson, concluait contre Henriquet à un bannissement de trois ans hors du canton. Dans le réquisitoire de ce magistrat, on pouvait remarquer la curieuse phrase que voici : « Considérant que ces assemblées religieuses de mômiers sont contraires à l'ordre public et à la paix religieuse, ainsi qu'à l'exhortation de l'apôtre St. Paul aux Romains, chap. XIII, vers, i, qui dit que toute personne soit soumise aux puissances supérieures... (!!!) » Evidemment, l'exégèse de M. l'accusateur public près le tribunal de Vevey laissait quelque chose à désirer.

M. Durand se défendit verbalement; M. Henriquet lut un mémoire dans lequel il déclarait d'entrée que s'il ne s'agissait que

Simple narré.

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