CHAPITRE XII
nombre de membres et surtout des plus jeunes membres du clergé national, ce n'est pas ce clergé, dans sa masse et dans son ensemble, qui fait quoi que ce soit pour hâter l'heure de la liberté. Le clergé, comme tel, ne bouge pas encore, et sans vouloir le rendre tout entier responsable des idées étroites, intolérantes, anti-chrétiennes mêmes d'un certain nombre de ses membres, il suffira, pensons-nous, de la pièce que voici pour faire connaître où en était encore beaucoup des membres du clergé vaudois en 1826. Cette pièce est une pétition adressée au conseil d'état par plusieurs des pasteurs de la classe d'Orbe et Yverdon. Comme on le verra, ces messieurs plaident hautement la cause du rationalisme et de l'intolérance religieuse1. Cette pièce est trop caractéristique pour que nous ne la donnions pas ici toute entière.
Très honorés monsieur le landammann et messieurs les membres du conseil d'état du canton de Vaud.
Très honorés magistrats,
Les pasteurs de la classe d'Orbe et d'Yverdon soussignés, pleins de confiance en vos lumières et en votre sagesse, prennent la liberté de rappeler votre attention sur un fait qui vous est connu, puisqu'il a été l'objet d'une mesure législative: après plusieurs années de concorde et depaix, durant lesquelles les ecclésiastiques de notre canton annonçaient la même doctrine religieuse, et les mêmes devoirs de morale, il est survenu un schisme affligeant qui rompt l'unité de l'église, qui relâche les liens sociaux et ceux des familles ; si votre sagesse n'avait déjà prévenu plusieurs désordres, l'exaltation des sectaires serait allée si loin que la paix publique en aurait été essentiellement troublée, et que peut-être nous aurions eu la douleur de voir s'allumer une guerre religieuse au milieu de nous. Les circonstances nous paraissent exiger que l'on cherche un remède convenable pour arrêter ce mal ; sans doute que les magistrats ne peu-
4 II n'y a là pour nous nul sujet d'étonnement si , comme nous avons lieu de le croire, ce plaidoyer était dû à l'initiative de l'ancien doyen Elie Rochat. En tout cas, si la minute que nous possédons de cette pièce n'est pas de sa main, ce qui n'est pas sùr, elle est bien de lui quant à l'esprit.
vent pas faire des lois pour prévenir la diversité des opinions , cette diversité résulte de la différence qui existe entre les intelligences et les facultés individuelles ; chacun a le droit de suivre sa nature et ce que son sentiment intime lui certifie, nul ne doit être inquiété parce qu'il ne pense pas, et ne sent pas comme un autre, quand d'ailleurs il demeure citoyen soumis et paisible ; mais ce droit à la tolérance peut être restreint par des lois lorsqu'on émet des opinions qui peuvent troubler la paix de l'état, de l'église ou des familles. Ce droit à la tolérance n'emporte pas que toutes les religions du monde soient prêchées dans nos temples, qu'on y apporte différents systèmes en contradiction les uns avec les autres. Nous croyons qu'il doit y avoir de l'uniformité dans l'enseignement religieux qui se donne au peuple, par les ministres constitués en place et salariés par l'état ; nous avons lieu de penser que cette uniformité n'existe pas de la part de ceux qui ont adopté le système des mômiers, ils prêchent leur doctrine dans nos temples en contredisant le catéchisme qu'on y récite, et qu'on fait apprendre aux jeunes gens dans toutes les écoles du canton. Le peuple, qui s'aperçoit de cette dissidence» ne peut qu'en recevoir une impression fâcheuse; il paraît que ces ministres mômiers voudraient nous ramener au catéchisme de Berne qui a été déjà longtemps avant notre révolution et avec l'approbation mis de côté par nos prédécesseurs, parce qu'il renferme un fatalisme qui anéantit toute religion et toute morale (pour n'en rien dire de plus). Ces hommes trahissent la confiance du gouvernement et de l'église; si le papisme était dans leurs vues, ils l'enseigneraient contre le vœu de l'autorité qui les paie, et celui des paroissiens qui les écoutent. Très honorés magistrats, vous sentez la nécessité de maintenir le système religieux qui est établi, et de ne pas le livrer à la versatilité de jeunes théologiens qui seraient bientôt remplacés par d'autres qui demanderaient de nouveaux changements et un nouveau catéchisme; cette inconstance aurait les plus funestes résultats, et amènerait peut-être plus de dix religions différentes dans le même siècle. Dans une lettre que vous avez adressée à la classe le 18 janvier 1826, vous avez consacré le principe de ne rien enseigner dans les paroisses qui soit contraire à la doctrine contenue dans nos liturgies et dans le catéchisme adopté pour les écoles de notre canton, ce principe, au lieu d'être simplement hortatoire, pourrait être changé en obligation soutenue par l'acte solennel d'un serment imposé à tous les ministres qui seraient appelés à exercer des fonctions ecclésiastiques dans le canton. C'est à cela que se rapporterait le serment prêté sur la confession helvétique qui par les différents systèmes qu'elle renferme, et ses