‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 66 sur 215 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

après leur première et infructueuse tentative, elles adressèrent au conseil d'état, par l'organe de A. Rochat, une nouvelle pétition en ces termes :

Très honorés monsieur le landamraann et messieurs les membres du conseil d'état du canton de Vaud.

Le soussigné, agissant au nom des chrétiens du canton de Vaud, séparés de l'église nationale, et en vertu de la commission spéciale qu'ils lui en ont donnée par écrit, a l'honneur de venir vous faire une déclaration franche et loyale, au sujet d'une accusation dont on les charge injustement.

Depuis longtemps ils apprennent que, dans le public, on les regarde comme cachant des vues politiques, sous un but religieux, et comme étant les agents d'un gouvernement quelconque qui tendrait à renverser le gouvernement établi, ou à l'entraver dans sa marche, et à lui susciter des difficultés. Ils savent, d'une manière certaine que cette opinion est celle de plusieurs d'entre vous, très honorés messieurs, si ce n'est celle de vous tous. Ils pensent donc qu'il est temps de faire devant vous une déclaration publique de leurs sentiments politiques en général, et de ceux qui les animent à votre égard en particulier.

Ils le font dans le dessein : premièrement, très honorés messieurs, de vous ôter une fausse opinion que vous avez d'eux, ce qui ne peut que vous empêcher de leur accorder la protection qu'ils réclament de votre part; et secondement de détromper ceux qui pourraient espérer se servir d'eux comme d'un moyen de seconder les vues d'un parti politique quelconque, et de troubler le gouvernement établi dans notre pays.

Nous déclarons de bonne foi et devant Dieu, notre Créateur, notre Sauveur, notre Juge, que, d'après l'évangile, nous condamnons hautement toute démarche tendant à renverser les gouvernements établis, à entraver leurs opérations et à y amener des changements autrement que par les voies qui se concilient avec la soumission et le respect dû aux lois et à ceux qui sont en autorité. Nous sommes persuadés qu'il faut obéir à cet ordre de St. Paul: «Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures, car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et toutes les puissances qui subsistent sont établies de Dieu. C'est pourquoi celui qui résiste à la puissance résiste à l'ordonnance de Dieu,» (Rom. XIII, 1, 2) comme aussi à celui de St. Pierre. « Soyez donc soumis à tout ordre humain pour l'amour de Dieu, soit au roi comme à celui qui est par-dessus les autres, soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont

envoyés de sa part pour punir les méchants et honorer les gens de bien (1 Pier. II, 13, 14). Nous recevons encore, comme digne de toute obéissance, cette exhortation de Salomon : «Mon fils, crains l'Eternel et le roi, et ne te mêle pas avec les gens remuants. (Prov. XXIV, 21.) »

Nous déclarons ensuite que nous sommes tous sincèrement soumis au gouvernement civil de ce pays, et prêts à rendre, à tous nos magistrats, honneur, respect et obéissance, dans toutes les choses qui ne seront pas contraires à notre conscience, éclairée par la parole de Dieu. Si nous avons été dans le cas de désobéir aux lois qui ont été dirigées contre nos assemblées, c'est uniquement parce que nous avons cru devoir obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, ne pouvant pas le servir selon notre conscience dans l'église nationale, et, d'un autre côté, étant obligés, comme il nous l'ordonne dans sa parole, de lui rendre un culte en commun. Mais nous ne l'avons fait par aucun motif de révolte contre vous, et nous avons gémi de ce que vous nous avez mis dans le cas de vous désobéir. Nous déclarons que, quoique nous ne parvinssions pas à obtenir de vous une tolérance que nous solliciterons toujours, nos sentiments de respect et de soumission à votre égard n'en seraient nullement diminués, et nous n'hésiterions pas à bannir de nos églises toute personne qui nous serait connue pour s'opposer directement ou indirectement à votre administration, et pour se mêler de menées politiques contraires à l'ordre de choses établi dans notre canton. Nous déclarons qu'il ne nous manque que la tolérance pour nous trouver heureux de vivre sous votre gouvernement, et que nous prions Dieu, en sincérité, de bénir notre patrie, d'y conserver la paix, et d'y maintenir la juste autorité des lois et de tous ceux qui nous gouvernent.

Nous demandons hautement qu'on nous veuille faire part des raisons sur lesquelles on fonde le reproche qu'on nous fait d'avoir des vues politiques, et nous consentons à subir de justes châtiments, si nous ne nous justifions pas de la manière la plus triomphante.

Nous déclarons que, dans tout ce que nous avons fait jusqu'ici, nous ne nous sommes proposé d'autre but que d'avancer entre nous, et hors de nous, le règne de Dieu, notre Sauveur, en enseignant les doctrines trop méconnues du vrai évangile de Dieu, telles que les proclament la confession helvétique et que les ont enseignées nos bienheureux réformateurs ; doctrines que nous regardons comme les seules qui puissent sous son influence, les régénérer, leur donner la paix, les rendre propres à toutes sortes de bonnes œuvres.

En nous formant en églises disciplinées, nous avons voulu nous con-

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