CHAPITRE XIII
former à la parole de Dieu qui prescrit une discipline dans l'église de Christ \ institution qui n'a sûrement pas été faite pour être mise de côté, et dont l'expérience prouve que tout le corps des fidèles en général, et chaque membre en particulier, retire les plus grands avantages.
Voilà notre but, très honorés messieurs ; nous n'en connaissons et n'en avons pas d'autres. Si, malgré les oppositions et les contradictions, nous continuons à le poursuivre, ce n'est nullement par opiniâtreté ou par esprit de révolte, mais parce qu'il n'est pas permis au chrétien de se laisser détourner du chemin que Dieu lui trace dans sa parole, et parce que ce qui est ordonné par le Seigneur doit être exécuté, et exécuté avec persévérance, sans qu'aucune considération humaine, ni aucun péril doive nous arrêter. Nous espérons que Dieu nous donnera cette fermeté qu'il attend de nous, mais qu'en même temps aussi il nous fera la grâce de souffrir avec douceur, patience, humilité, et surtout sans jamais nous laisser manquer au respect que nous devons à nos supérieurs civils. C'est ce que nous lui demandons ardemment de faire en nous, par son Saint- Esprit, et pour l'amour de son cher fils, notre unique Seigneur et Sauveur.
Nous désirons que cette déclaration soit rendue aussi publique que possible, et nous espérons, très honorés messieurs, qu'en vous faisant cette demande nous vous donnons la preuve de notre sincérité. Des hypocrites, ou des gens qui ont des vues secrètes ne s'exposent pas, de leur plein gré, à être si aisément démentis ou démasqués.
Nous finissons en priant l'Eternel notre bon Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit de répandre, sur notre patrie et sur vous tous, les plus précieuses bénédictions de sa Providence et de sa grâce.
Daignez, très honorés monsieur le landammann, et messieurs les membres du conseil d'état, agréer l'hommage du profond respect de nous tous, et en particulier, celui de votre obéissant serviteur,
Rolle, 21 septembre 1826.
A. Rochat, ministre du St. Evangile.
On remarquera sans peine le soin avec lequel les pétitionnaires s'appliquent à réfuter l'accusation d'être mûs par des vues politiques. Ils se présentent devant l'autorité civile comme des
1 Passages à l'appui.
citoyens dévoués, soumis aux lois, dans la mesure, il est vrai, où celles-ci ne sont pas contraires à la loi même de Dieu ; ils condamnent énergiquement tout esprit de révolte, toute tentative qui serait faite de mêler la politique à la religion ou de faire de la politique sous la couvert de la religion. L'insistance que mettent les dissidents à se disculper de toute vue de cette nature nous prouve combien les perfides insinuations auxquelles le doyen Gurtat s'était si malheureusement laissé entraîner dans ses brochures de 1821, avaient trouvé d'écho dans les populations et avaient été habilement exploitées dès lors par les magistrats eux-mêmes. Cependant ces derniers auraient dû savoir, mieux que personne, ce qui en était de ce reproche tout gratuit. Ils avaient reçu les déclarations et les manifestes des premiers dissidents ; ils avaient vu à l'œuvre leurs ouvriers et ils savaient parfaitement, par des procédures déjà nombreuses, à quoi s'en tenir sur les assemblées religieuses prohibées. Nous ne pouvons donc nous empêcher de voir, dans la persistance avec laquelle on accusait les dissidents de vues et de menées politiques, la preuve des mauvaises passions qui avaient engendré les persécutions et qui maintenaient une loi persécutrice, une loi qui déniait à des citoyens paisibles le droit le plus élémentaire, celui que tout homme possède de servir Dieu selon sa conscience.
Les pétitionnaires, au nom desquels A. Rochat écrivait au conseil d'état, ne cessent de témoigner de leur dévouement à la chose publique et de leur respect pour les magistrats. On leur rendra cette justice que le ton modeste et convenable de leur adresse ne laissait rien à désirer. Leurs demandes sont justes, raisonnables; ils les exposent avec simplicité, et il n'y a rien dans leur pétition qui puisse donner prise à des reproches fondés. Toutefois, le conseil d'état ne tint aucun compte de cette demande ; il ne parut pas comprendre qu'il y avait pour lui un devoir de stricte justice à réviser le procès qu'il avait fait à la libre manifestation des convictions religieuses lorsqu'il avait