‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 68 sur 215 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

condamné par une loi toute tentative d'émancipation dans l'église. Plus d'une fois déjà, de favorables occasions s'étaient offertes à lui de revenir sur le passé et de réparer les erreurs dictées par la passion. Maintenant encore, une semblable occasion se présentait; mais le conseil d'état ne sut ou ne voulut rien faire d'autre que de fermer l'oreille aux réclamations les plus justes et les mieux fondées. Il chargea donc le juge de paix de Rolle de répondre en ces termes à M. A. Rochat :

Le juge de paix du cercle de Rolle à M. Auguste Rochat, domicilié à Rolle. Monsieur,

Au nom des chrétiens du canton de Vaud, séparés de V église nationale vous avez adressé au conseil d'état une pétition, contenant une espèce de déclaration, sur l'accusation dont vous prétendez qu'on charge les sépatistes, de cacher des vues politiques sous un but religieux, etc.

Le conseil d'état, par sa lettre reçue ce jour, m'invite à vous faire savoir que, ne pouvant reconnaître, dans le canton, la soi-disant église, séparée de l'église nationale, au nom de laquelle vous dites agir, il n'a pu s'occuper du contenu de votre pétition.

Agréez, monsieur, mes salutations empressées.

Le juge de paix, Prud'homme.

1 En voyant cette phrase soulignée, en tête de la lettre de M. le juge de paix, j'ai craint qu'elle n'eût prêté à une équivoque dont je ne Die suis pas aperçu en l'écrivant, et qu'on ne l'eût comprise comme si elle voulait donner à entendre qu'il n'y a de chrétiens dans le canton de Vaud que ceux qui sont séparés de l'église nationale. Je crois donc, pour prévenir ou réparer cette équivoque, devoir déclarer ici que nous sommes bien éloignés de vouloir nous donner comme les seuls vrais chrétiens du canton. Nous reconnaissons avec joie, et actions de grâces à notre Dieu, qu'il est dans l'église nationale de notre canton un nombre de ministres, qui augmente continuellement, lesquels prêchent fidèlement le pur Evangile de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, et l'honorent par une vie conforme à leur prédication. Nous reconnaissons aussi qu'il y a dans l'église nationale de simples fidèles qui sont saints en la foi, et qui marchent dans la voie de la sanctification chrétienne. Nous les aimons d'un cœur sincère; et quoique nous pensions qu'ils n'ont pas une vue juste sur le point particulier de la séparation, nous croyons pouvoir dire, sans fausse humilité, que, sous d'autres rapports, nous sommes très disposés à les regarder comme plus excellents que nous. (Philip. II, 3.) A. Rochat.

Il faut avouer que le conseil d'état avait un art tout partilier pour trancher les difficultés que soulevaient constamment sous ses pas, soit en particulier l'application de la loi du 20 mai , soit en général la solution des questions religieuses et ecclésiastiques qui surgissaient de toutes parts. Sa tactique était fort simple : elle se réduisait à une fin de non-recevoir qui le dispensait d'examiner les questions et de montrer l'incurable faiblesse des arguments qu'il aurait sans doute mis en avant, s'il avait consenti à donner ses raisons. Mais il arrive toujours un moment où une fin de non-recevoir n'est plus reçue elle-même; où il faut catégoriser et où l'on trahit le défaut de sa cuirasse. Le gouvernement vaudois, dans son aveuglement, jouait avec une arme à deux tranchants ; après s'en être servi contre des citoyens paisibles, il se condamnait à la voir se retourner un jour contre lui. Lorsqu'un gouvernement veut étouffer la liberté, il finit toujours par être étouffé par elle!

Ayant échoué dans toutes leurs tentatives pour obtenir d'une manière légale la liberté religieuse, les frères comprirent que la seule manière pour eux de posséder cette liberté c'était de la prendre et c'est ce qu'ils firent aussi. Ils avaient déjà fait assez de sacrifices à cette liberté pour avoir le droit d'en jouir. En réalité, ils auraient même pu se passer de réclamer un bien qui leur appartenait comme à tout homme, car « des chrétiens qui réclament la permission ou le droit de rendre leur culte au Seigneur selon leur conscience, ont l'air d'oublier que l'adoration en commun est un devoir positif et qu'il est absurde d'implorer comme une grâce la permission de remplir son devoir l. »

1 Burnier, Notice sur A. Rockat, pag. 134.

Page 1