CHAPITRE XIV
tutions et à toutes les églises du même type, la règle que l'Ecriture Sainte impose aux chrétiens, lorsqu'elle leur fait entendre qu'ils aient à se séparer du monde. C'est pour cela que lorsqu'ils parlent de séparation, ce mot, dans leur bouche, implique une rupture avec l'église nationale aussi bien qu'avec le monde proprement dit. C'est même la rigueur, l'âpreté avec laquelle on a insisté sur ce point, qui a excité contre les dissidents bien des colères et soulevé contre eux bien des oppositions. Il est cependant tout naturel que les premiers dissidents vaudois aient été amenés à identifier l'église nationale avec le monde, puisque cette église les rejetait de son sein à cause de leur doctrine et de leur vie et qu'ils se voyaient persécutés à son profit. Le monde, dans le sens biblique de ce mot, aurait-il fait autrement que ce que faisait l'église nationale?
L'analogie de position que la dissidence présentait avec l'église primitive, devait naturellement amener la première à poursuivre une ressemblance plus grande encore avec la seconde et, peu à peu aussi, à se prendre elle-même pour la seule église véritable. Et, en effet, les noms par lesquels les dissidents désignèrent bientôt leurs congrégations, noms que nous avons déjà mentionnés, ne laissent pas que d'être significatifs sur ce point. Les églises dissidentes, nées sans l'intervention de principes ecclésiastiques arrêtés, ont bientôt cherché à asseoir leur base sur des principes de cette nature. Elles ont étudié avec soin la constitution des églises apostoliques; elles ont recueilli les textes
nulle. La cène est profanée par les incirconcis de cœur; l'église actuelle persécute les enfants de Dieu et tient pour profane la doctrine de l'Evangile de la grâce de Dieu. Nous ne pouvons pas participer à l'infidélité d'autrui ; nous voulons être fidèles à la Parole de Dieu qui nous dit de sortir de la Babylone mystique, de peur de participer à ses souillures, à ses impuretés. » (Fivaz, Mémoires). « Dans votre église nationale, écrivait encore L. Ch. Piguet à M. Brousson, tout homme qui se présente pour être pasteur, lors même qu'il soit ou arien, ou socinien, ou déiste, pourvu qu'il soit un savant, qu'il ait une conduite extérieurement bonne, le voilà berger des héritages du Seigneur.... Les trop tranchants pour la vérité auront de la peine à être reçus. »
MOUVEM. RELIG. II. 9
qui, de près ou de loin, pouvaient servir soit à faire connaître la nature propre de l'église, soit à préciser la situation normale de celle-ci en face et au milieu du monde. Enfin, elles ont formulé le résultat de leurs recherches dans des règlements ou disciplinesqm ont fait donner à ces églises, lesquelles y consentaient du reste, le nom à' églises disciplinées ou même d'églises rangées.
L'importance donnée à la discipline, dans la dissidence vaudoise, était extrême. Nous pouvons nous en convaincre par des citations empruntées à des lettres particulières de ce temps-là. On avait tout à fait l'air de considérer la discipline, surtout celle de la cène, comme la garantie de la fidélité de l'église aussi bien que de chacun de ses membres 1 ; on lui donnait la valeur d'un code arrangé de toutes pièces et présenté par le Seigneur luimême; on faisait d'elle le pendant de la loi chez les Hébreux, une arche sainte à laquelle il fallait se garder de toucher et on éprouvait pour elle la vénération dont on avait entouré les formulaires du XVIe siècle2.
Dès le printemps de 1826, les frères séparés commencèrent à rédiger leurs discipline* et, peu à peu, chacune des églises
1 Marc Fivaz écrivait à l'une de ses connaissances à Bex : « Aussitôt que l'infidélité de quelque disciple nous est clairement manifestée et qu'au lieu de s'humilier, il résiste aux exhortations charitables qui lui sont adressées, nous nous croyons forcés de l'exclure du milieu de nous: ôte% le méchant, etc. Nous pensons que c'est bien mal raisonné que de dire: Puisqu'il peut se glisser des hypocrites dans une église disciplinée, la discipline n'est point nécessaire, on peut s'en passer et donner la communion à tout le monde, sans en être responsable... Nous nous croyons coupables et responsables devant Dieu de donner la cène à une âme qui n'est point encore réconciliée avec son Dieu, qui est sous la puissance des ténèbres ; un simple avertissement sur lequel on se laverait les mains comme Pilate, ne nous paraît pas ôter l'infidélité des symboles sacrés du corps et du sang de Christ distribués au milieu du monde et
à tout le monde L'église nationale est ici dans un entier désaccord avec la Parole
de Dieu. »
* La discipline et la prédication de la Parole de Dieu, écrivait L. Ch. Piguet à Brousson, sont deux choses aussi importantes l'une que l'autre ; Dieu les a toutes deux commandées... Sans discipline, la prédication ne peut rapporter de fruit... Sans discipline l'église aura bientôt disparu. »