CHAPITRE XIV
dissidentes posséda la sienne. Identiques pour le fond etabsoment conformes dans leurs principes essentiels, ces diverses disciplines ne différaient guère que sur quelques points d'une application toute locale. Jusqu'à ce moment, comme le disait Fivaz, l'état de ces églises avait été décousu; mais à partir de cette époque, la dissidence, sans être plus qu'auparavant une confédération d'églises, et tout en maintenant l'indépendance de chacune des congrégations isolées, se présente davantage à nous comme un corps, comme un tout passablement homogène. Certaines questions pratiques sont soumises à l'examen des églises, et, peu à peu, celles-ci en viendront à entreprendre des œuvres communes.
Parmi les questions pratiques, il en est une qui présente un intérêt particulier au point de vue des relations que les dissidents pensaient pouvoir soutenir avec les fidèles de l'église nationale.
Aux premiers jours de la séparation et avant qu'elle fût devenue pour eux une nécessité, en quelque sorte dogmatique, plu sieurs de ceux qui reçurent le nom de dissidents continuaient à assister au service divin dans les temples de l'église nationale. Tel était, par exemple, le cas de Fivaz qui ne fut, dit-il, chassé du temple d'Orbe que par les mensonges (sic) qu'il y entendait. Auguste Rochat lui-même fréquenta, pendant plusieurs années encore après sa séparation officielle et effective, les services religieux dans le temple deRolle, et ce ne fut que la persécution exercée au nom ou dans l'intérêt de l'église nationale qui le détermina à s'abstenir tout à fait de cette fréquentation. Cependant la plupart des dissidents abandonnèrent immédiatement le culte de l'église nationale et envisagèrent cet abandon comme un acte de fidélité. Les frères n'étaient donc pas absolument unanimes
sur ce point et des divergences d'opinions se manifestaiententre eux. Un frère de Vevey que nous avons appris à connaître, M. Et. Durand, écrivait un jour à Aug.Rochat et lui demandait « si les membres des églises dissidentes pouvaient aller entendre les sermons des pasteurs fidèles qui prêchaient dans l'église nationale?» M. Durand, prétendant que la loi du 20 mai, dirigée contre les chrétiens, l'était contre Christ lui-même , disait qu'aller entendre des pasteurs qui ne protesteraient pas constamment contre cette loi serait déshonorer Christ. M. Fivaz, en revanche, déclarait qu'il y avait là deux choses très différentes, et que, si un prédicateur prêchait l'évangile, il n'était pas lâche parce qu'il ne se ruait (sic) pas constamment contre la loi. « D'ailleurs, ajoutait-il, qu'est-ce que l'église nationale? En vérité, ce n'est presque rien; c'est un chaos! Ce sont quatre classes indé pendantes les unes des autres; des classes désunies dans leur sein. Je ne puis considérer les enfants de Dieu qui y souffrent, qui y combattent, comme solidaires de toutes les impiétés des autres, ni de ce que la loi du 20 mai n'est pas encore abrogée. Il y a des motifs bien autrement puissants dans nos rapports d'églises disciplinées avec l'église nationale, sans règle ni discipline quelconque *. » Quanta Rochat lui-même, nous savons comment il envisagait la question, puisque ce n'est qu'en 1829, après l'affaire Lenoir, qu'il rompit complètement et sans retour avec le culte officiel2. Nous pouvons donc supposer, sans craindre de nous tromper beaucoup, quel fut le sens de sa réponse à la question posée par M. Et. Durand.
Mais cette question elle-même ne pourrait-elle pas être envisagée comme une preuve de cette étroitesse ridicule et coupable que l'on a souvent signalée chez les dissidents?
1 Mémoires inédits, 28 mai 1826.
* L. Burnier. Notice sur A. Rorhal, pag. 146-147.