CHAPITRE XIV
Le reproche d'étroitesse a été largement fait aux églises dissidentes issues du réveil religieux dans notre canton. Il serait oiseux de chercher à les disculper entièrement de ce péché. Plusieurs même d'entre les fondateurs des églises, sans parler d'un grand nombre de leurs anciens membres, ont maintes fois reconnu ce qu'il y avait de fondé dans une accusation qui, malgré les exagérations inévitables en pareil cas, a été trop générale et trop persévérante pour être absolument fausse. Nous nous souvenons fort bien d'avoir entendu, sur ce point, des aveux assez significatifs, et l'un des fondateurs de la dissidence ne nous disait-il pas lui-même un jour : « S'il me fallait donner ma signature pour relever une seule de ces églises, je ne la donnerais pas ! » Et cependant cette même personne n'a jamais pu être accusée d'avoir renié son passé et d'avoir répudié les principes de la dissidence.
Mais l'étroitesse dans une église peut être aussi bien l'effet des circonstances de temps et de lieux, que la conséquence inévitable des principes constitutifs de cette église. Si les églises dissidentes du canton de Vaud se sont montrées étroites sur bien des points, et, en particulier, dans leur manière d'envisager les autres assemblées des chrétiens, cela a tenu, en très grande partie, aux circonstances qui ont entouré ces églises à leur naissance. Nous avons vu, en effet, que l'un des résultats inévitables de la persécution est l'étroitesse, l'esprit absolu, sectaire. Il serait étonnant que les dissidents vaudois, méprisés, calomniés, persécutés eussent pu éviter l'écueil qu'ils étaient contraints de longer constamment. Ils ont donc montré de l'étroitesse soit dans leurs relations avec les chrétiens de l'église nationale, par exemple, soit dans leurs vues elles-mêmes sur l'église
et sur la société des fidèles. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans l'examen des principes dogmatiques de la dissidence sur l'église en général et sur les sacrements en particulier. Nous reviendrons sur ce sujet en temps et lieu et, pour le moment, il nous suffira d'indiquer que les vues dissidentes sur la cène, par exemple, ont porté trop souvent l'empreinte d'un esprit étroit et absolu ; que ces vues, à leur tour, se liant à une conception particulière de l'idée d'église, étaient propres à repousser des chrétiens sincères qui ne pouvaient les adopter. De leur côté, les dissidents subissaient l'influence de leurs principes à un point tel, qu'ils prêtaient trop fréquemment le flanc à des accusations en partie fondées et, entre autres, à celle qui avait trait à l'orgueil spirituel.
Pour être juste, cependant, il ne faut pas oublier que le reproche d'étroitesse adressé aux églises dissidentes partait du sein d'une église qui, tout en étant plus que large, dans sa pratique, à l'égard de la doctrine et de la vie, se montrait, par un cas singulier, plus qu'étroite dans ses sentiments, puisqu'elle persécutait la dissidence. Sans vouloir donc nier ce qui est un fait trop bien établi, il nous paraît que le reproche auquel nous faisons allusion est l'un de ceux qu'il faut examiner à la lumière des principes qui servent de base à une société et non au point de vue des procédés, des manières d'être individuelles des membres de cette société ; car on rencontre des hommes larges dans les églises les plus strictes et des hommes étroits dans les églises les plus larges.
On a cru avoir tout dit, lorsqu'une fois on s'est mis à répéter que les dissidents étaient étroits, sans se donner, cela va sans dire, la peine de peser la mesure de légitimité et la portée de cette accusation. Ce qu'il y a de sûr pourtant, c'est que si ces frères se sont montrés étroits, ce n'est, du moins pas dans la manière dont ils ont cherché à réveiller le sentiment religieux au sein de nos populations. Tout au contraire, ils ont déployé à