‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 74 sur 215 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Activité de la dissidence dans la plaine du Rhône (Bex, Si. Triphon). — Menaces et violences. — Réunions surprises et procédures. — Le tailleur de pierres, Griffond.

— Environs de Vevey (Jongny). — Surprise d'une réunion présidée par le pasteur Guers, de Genève. — Nouvelle procédure. — Extension du mouvement religieux.

— Le frère Lenoir.

De Vevey, son lieu d'origine, la dissidence avait étendu son activité dans les localités environnantes et jusque dans la plaine du Rhône. Dans cette dernière contrée, de petites réunions avaient, ici et là, pris naissance et, par une suite toute naturelle des choses, elles avaient rencontré et suscité de l'opposition. Aussi l'histoire de ces réunions n'est-elle guère que l'histoire des violences et des persécutions auxquelles elles furent en butte, dès l'origine, de la part des ennemis de toute vraie piété.

A Bex, vivait dans ce temps-là une famille qui paraît y avoir été le centre du mouvement dissident ; c'était la famille de Bitvynes. Précédemment domiciliée à Gharpigny, près de St. Triphon, elle y était également devenue l'instrument d'un réveil qui avait lui-même donné naissance à une petite église.

La population de Bex se montra très hostile à ces diverses manifestations religieuses. Le 19 avril 1826 il y eut un charivari entremêlé de coups de fusil, de hurlements, de blasphèmes et d'outrages. Un homme, armé d'un porte-voix, proférait des me-

naces de mort et vociférait d'atroces calomnies contre les chrétiens. Un autre, lâchant un coup de fusil, criait qu'il fallait « tuer le bon Dieu. » (11) Ces actes hideux de sauvagerie se commettaient pendant la nuit la plus claire, la plus belle et au milieu des œuvres magnifiques de l'Eternel î

Peu de temps auparavant, M. Henriquet, se rendant de Bex à St. Triphon, s'était égaré en voulant suivre un sentier, mais il avait ainsi, sans s'en douter, évité la rencontre de gens placés en embuscade et qui, soupçonnant qu'il quitterait Bex pendant la nuit, l'avaient attendu là, jusqu'au matin, pour le tuer, dit-on. M. Henriquet ayant rencontré la diligence plus tôt qu'il ne le pensait, fût ainsi préservé d'un réel danger. Une délivrance semblable arriva à M. Fivaz et à d'autres frères qui, ayant été vus partant pour St. Triphon, furent attendus par des individus déguisés et postés sur un chemin que les premiers devaient suivre et qu'ils évitèrent par une direction providentielle.

Le 25 avril eut lieu un charivari rendu plus affreux encore que le premier par les blasphèmes qui furent proférés. La multitude furieuse, déguisée, s'était liée par serment de ne se dénoncer jamais aux magistrats, et l'irritation était telle que Ton voulait faire une battue sur le chemin de St. Maurice et tuer Fivaz comme un loup1. Les huissiers de la municipalité de Bex, à la suite d'une publication faite dans diverses communes de la montagne, avertirent les habitants de descendre pour le mercredi matin parce qu'on devait, sur la place de Bex, couper la langue à M. et à Mme de Ruvynes, à M. Fivaz et à d'autres. On nous dira peut-être qu'il ne faudrait pas prendre de telles paroles, de telles menaces à la lettre et qu'il y avait là plus de grossièreté que d'intentions sérieuses. C'est possible ! on conviendra cependant que des hommes qui sont capables de se livrer à de si abominables plaisanteries, pouraient bien, dans l'occasion, se montrer atroces dans leurs actes. A Bex même, des voies de fait furent

• Fivaz. Mémoires inédits.

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