‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 75 sur 215 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

commises contre la maison de Ruvynes où, un soir, une grosse pierre atteignit au front et blessa une femme âgée qui suivait les réunions. Le juge de paix, auquel M. de Ruvynes porta plainte, était, comme tant de ses collègues, un bon homme mais un faible magistrat. Cependant, par son intervention, la tranquillité fut rétablie pour un temps.

Il n'est pas besoin de dire que les réunions religieuses qui se tenaient à St. Triphon et à Bex furent plus d'une fois violemment dissoutes et que ces réunions donnèrent lieu à des procès pour infraction à la loi du 20 mai. Le juge de paix d'Ollon avait commis au régent de St. Triphon le soin de surveiller les assemblées de mômiers (sic). Le régent s'acquitta, semble-t-il, avec empressement d'une mission aussi honorable, et il eut le bonheur de pouvoir annoncer au magistrat qu'une réunion religieuse aurait lieu le 7 août, dans la soirée. Aussi, à l'heure dite, on vit arriver sous les fenêtres d'un nommé J. G. Romang, étranger domicilié à St. Triphon, un capitaine d'artillerie, deux officiers des milices, un régent, un assesseur, un greffier que suivaient de loin un cordonnier et plusieurs autres personnes. Le but de tout ce déploiement de forces, était de surprendre la réunion signalée.

Arrivés à leur poste, ces messieurs entendent qu'il se fait au second étage un discours sur le ton déclamatoire, et ils découvrent que l'orateur de la réunion est le tailleur de pierres D. L. Griffond, neuchâtelois. Aussitôt on pénètre dans la salle de réunion et l'on fait défense aux mômiers de se réunir pour motif de religion ailleurs que dans Véglise et dans les temples de l'état, avec les autres chrétiens, sous les peines légales*. (J! î) Toutefois,

1 Rapport du régent Chamorel au juge de paix d'Ollon. (Dossier de la procédure.)

Griffond ayant prié fort pathétiquement, « on ne put remarquer que cette oraison contînt rien de contraire en elle-même à l'ordre public! » (!!l)Le rapport constate que les assistants, au nombre de quinze, étaient à genoux. Le régent inquisiteur accusait les sectaires de séduire les enfants à fréquenter les conciliabules et de les détourner de l'école du dixain. Toutefois, il rétracta plus tard cette dernière imputation.

Dans l'interrogatoire que leur fit subir le juge de paix d'01lon, on attribua à l'un des accusés d'avoir dit que le catéchisme était une œuvre du diable ; mais il le nia formellement. Selon toute apparence, il y avait là un vague ressouvenir de la parole tant reprochée à Juvet.

Le principal inculpé, le tailleur de pierres Griffond, était, paraît-il, désigné par ses frères en la foi sous le nom du missionnaire; mais le monde l'appelait le St. Paul des mômiers. C'était un homme pieux, zélé, et qui, à en juger par son plaidoyer devant le tribunal d'Aigle, ne manquait pas d'intelligence et d'énergie.

L'affaire fut, en effet, portée devant le tribunal du district (25 septembre 1826), présidé par M. Ruchet. Les prévenus que plusieurs accusaient de ne pas croire en Dieu, en appelaient invariablement à l'Ecriture Sainte et à la confession de foi helvétique ; ils insistaient sur Yabsence de discipline dans l'église nationale. L'accusateur public près le tribunal d'Aigle, M. Puenzieux, croyant pouvoir résumer toute l'affaire en deux mots, disait : « Il suffit que les prévenus ne se soumettent pas à la religion de l'état pour que la loi leur soit applicable. » En conséquence, il concluait contre Griffond à quinze mois de bannissement hors du canton et contre Romang à huit mois de la même peine. Le tribunal commua la peine de l'un et de l'autre des accusés à trois mois de bannissement, et le tribunal d'appel (23 novembre), adoucissant encore cette peine, condamna Griffond à une amende de 40 fr. et Romang à une amende de 10 fr.

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