CHAPITRE XVII
isolés les uns des autres, et que si la prudence ne permettait peut-être pas, pour le moment, des réunions générales, il était par conséquent très nécessaire d'avoir une correspondance. Les frères/membres de l'association, étaient donc invités à dire ce qui leur viendrait au cœur, à donner des détails sur l'état de leurs âmes et de leur ministère, à faire connaître les obstacles qu'ils rencontraient, les bénédictions qu'ils recevaient et les expériences qu'ils faisaient. Une très grande liberté devait régner dans cette correspondance, « épanchement des cœurs dans le sein d'amis et de frères. » On devait d'autant plus rechercher ce moyen de communication, qu'il fallait craindre la publicité « au milieu d'un monde qui ne comprendrait pas i> le but, ni la nécessité de semblables relations.
Des cahiers destinés à circuler devaient recevoir les diverses communications des frères et leur fournir ainsi un moyen de s'instruire mutuellement. Pendant les quatre années que dura cette association, un grand nombre de pasteurs et de ministres évangéliques y prirent part. La première liste de correspondants comptait vingt noms, « nombre limité, afin que le cahier ne restât pas trop longtemps à faire le tour1. » Dès lors ce nombre ne fit que grandir, et la dernière liste renfermait quarante-sept noms. Si l'on tient compte de ceux d'entre les premiers qui avaient quitté ce monde, on pourra se faire une idée assez exacte du développement toujours croissant de l'élément évangélique dans le sein du clergé national.
Ce n'est pas sans un intérêt sérieux et sympathique que nous avons lu les lettres de la correspondance. Elles respirent toutes
1 Ces noms sont ceux de MM. F. Décoppet , Monnerat, Brousson , L. Burnier, L. Vulliemin, Lardon, Pilet-Joly, Rossier, Dupraz , Manuel, Ch. Dapples, Grenier, Vallouy, B. Mellet, Golliez, Germond, Terrisse, Laurent, Gauthey et Jayet.
la piété, la vie chrétienne, l'amour fraternel. Mais il semble que le temps où elles ont été écrites soit déjà bien éloigné de nous ; que la génération qui a suivi n'ait pas hérité, dans une suffisante mesure, de cet esprit des premiers jours, de la fraîcheur et de l'espérance de la jeunesse. Plusieurs des questions traitées par les correspondants n'attirent plus l'attention, sans que, pour cela, ces questions aient été toutes liquidées. Et cependant, avec quel sérieux les sujets n'étaient-ils pas étudiés par ces hommes du réveil dont les préoccupations avaient quelque chose .de si respectable, de si émouvant! L'attention de la plupart d'entre eux se portait vivement et constamment sur les questions d'église, de discipline, d'organisation intérieure, et sur ces points, en particulier, il est facile de reconnaître l'influence exercée sur les pasteurs fidèles par la dissidence. Elle les pousse à examiner de plus près les bases sur lesquelles repose l'établissement officiel et à établir des comparaisons, souvent assez humiliantes, entre ce qui est et ce qui devrait être. Sous ce rapport déjà, il est évident que la dissidence a beaucoup contribué à faire faire des progrès à la question d'église, dans le sein même du clergé national. Il est vrai que ces progrès se faisaient un peu invita Minervâ, à contre-cœur; mais enfin, ils se faisaient, et les préoccupations de cette nature deviennent de plus en plus grandes, à mesure que l'on approche de 1830, dont on peut déjà entrevoir l'aurore mais non les résultats.
Ce n'est pas sans une impression quelque peu mélancolique que nous avons achevé la lecture de la Correspondance fraternelle. Et, en effet, eu égard à beaucoup des noms propres que nous avons rencontrés chemin faisant, ces cahiers nous appa raissaient comme une nécropole. Mais ce n'était pourtant pas une odeur de mort qui en sortait, et ces voix étaient pour nous des voix d'outre-tombe, bien plutôt que des voix de la tombe. Il nous semblait apercevoir dans la pleine lumière de la vérité, ces morts au Seigneur, ces vivants à Dieu, qui étaient venus succès-