CHAPITRE XVII
sivement confier aux feuilles de cette correspondance, les témoignages de leur amour pour la vérité. Et, en pensant à eux, nous nous répétions involontairement ces paroles : Ils connaissent, comme ils ont été connus 1 Aussi leur commerce nous a-t-il été bon et bienfaisant !
Dans l'histoire que nous avons entrepris de retracer, la Correspondance fraternelle a une valeur positive et une importance que nous ne devons pas méconnaître. Elle est, en effet, le miroir fidèle où est venue se réfléchir la physionomie changeante de l'église vaudoise à cette époque. En déposant, dans ces pages semi-confidentielles, l'expression de leurs sentiments, de leurs vues, de leurs espérances et de leurs inquiétudes, les correspondants faisaient, non-seulement leur histoire personnelle, mais encore l'histoire de leurs paroisses, l'histoire de l'église nationale en général, et des partis religieux dont la position commençait à se dessiner toujours plus nettement ; l'histoire du clergé lui-même, de ses rapports intérieurs, et, enfin, l'histoire de la dissidence, dans la mesure, du moins, où celle-ci se trouvait en contact avec le parti évangélique. A tous ces égards, la correspondance est très instructive, et, par son moyen, il est facile de suivre le chemin que le réveil fait peu à peu parmi les membres vivants du clergé national et par eux dans l'église elle-même. Les ministres évangéliques gémissaient depuis longtemps sur l'état de leur église et sur les moyens que le pouvoir employait pour faire cesser toute manifestation extra-légale des sentiments religieux; ils souffraient de leur propre faiblesse, de leur impuissance et de leur inertie, et ils cherchaient avec l'anxiété de consciences réveillées et droites, la solution la meilleure à un état de choses que tous envisageaient comme
devant nécessairement prendre fin. La Correspondance reproduit toutes ces angoisses, ces recherches, ces hésitations, ces besoins de changements et d'améliorations , et il est curieux de voir combien des idées, émises alors plus ou moins hardiment par plusieurs des correspondants sur la vraie condition de l'église en ce monde, sont devenues depuis des lieux communs sur lesquels on ne discute plus. Le temps, ici comme toujours, a été un grand maître; il a accompli des choses que beaucoup entrevoyaient comme bonnes et nécessaires, mais qui seraient encore à faire si Dieu n'était pas intervenu souverainement et n'avait brisé des entraves que jamais homme n'eût détruites. Beaucoup de ces hommes qui soupiraient après l'indépendance de l'église, ont pu saluer le jour de la liberté, bien que celle-ci leur apportât, sous certains rapports, autre chose que ce qu'ils avaient entrevu dans l'avenir.
Dans le cours de cette histoire, nous utiliserons, en leur lieu et place, les renseignements que la Correspondance fraternelle nous fournira. Quelques-unes de ces lettres jettent un jour assez sombre sur l'état religieux et moral de nos populations. C'est ainsi, par exemple, qu'à la date du 1er novembre 1826, M. L. Burnier parlait avec douleur des vices du peuple, et entre autres de l'impureté et de l'opinion dépravée qu'on en avait chez nous; de l'habitude générale et si funeste des jurements, de la profanation tout aussi générale du serment et du dimanche ; du manque habituel de sincérité et de bonne foi, et il voyait dans ces faits des « indices que nous n'avons, en général, de chrétien que le nom, et du christianisme que les cérémonies extérieures;... que la grande plaie de notre peuple est Yincrédulité, l'éloignemenl de la religion et de la Bible; l'absence du vrai