‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 9 sur 215 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

uoe semblable proposition. Si donc nous ne faisons erreur, cette date serait celle qui aurait vu naître la première congrégation dissidente vraiment organisée dans notre pays. Le dimanche suivant, les règlements fondamentaux étaient acceptés et la petite église, composée de dix-sept membres et comptant dans son sein un pasteur et un diacre, était définitivement constituée. « Qu'y avait-il, selon le monde, de plus petit que cet assemblage de gens où il n'y avait ni riche, ni puissant 1 1 » La sentence du tribunal qui condamnait M. Rochat engagea de nouvelles âmes à se présenter pour faire partie de ce petit troupeau. Mais déjà le 21 octobre, trois jours après le jugement rendu par le tribunal d'appel, Charles Rochat quittait Yevey et se rendait à Paris. La petite église dissidente, nullement ébranlée par cette épreuve, vit au contraire le nombre de ses membres s'accroître rapidement, grâce à l'activité déployée à Vevey, après le départ de Rochat, soit par M. Marc Fivaz, soit par M. A. Henriquet.

Pendant que ces choses se passaient à Vevey, une procédure semblable s'instruisait à Aubonne , contre M. François- Louù>- Hercule Olivier. Ce ministre avait eu chez lui, le 1er août, une réunion religieuse dans laquelle on avait baptisé l'enfant d'un tanneur de Morges.

Il serait inutile de nous arrêter à des détails qui, dans ce nouveau procès, ont une complète ressemblance avec ceux qui viennent de passer sous nos yeux. Nous en agirons de même avec tous les autres procès auxquels la loi du 20 mai a donné lieu, nous bornant dès lors à signaler, en chacun d'eux, les faits et les traits spéciaux et caractéristiques.

1 Simple narré.

Traduits devant une commission du tribunal de district, les inculpés montrèrent parfois, pourquoi ne le reconnaîtrions-nous pas? une certaine raideur, quelque étroitesse. C'est ainsi que M. Olivier refuse de répondre aux questions qui lui sont adressées parce quil ne peut consentir à accepter officiellement le titre de sectaire. Il en résulte de longs débats entre lui et le président du tribunal, sur le droit que celui-ci prétend avoir d'interroger le prévenu. Olivier refuse toujours de répondre et proteste contre l'illégalité de ce qui a été fait jusqu'ici. En conséquence, il est arrêté provisoirement , et il n'est élargi plus tard que sous caution. De même que M Ch. Rochat, M. Olivier et son coaccusé s'étaient élevés contre l'épithète de sectaire et contre toute application qu'on voudrait leur faire delà loi du 20 mai.

Le tribunal, qui avait déclaré, par la bouche de son président, que : « toute personne était regardée comme sectaire , dès le moment qu elle ne fréquentait plus l'église nationale et qu'elle formait des assemblées chez des personnes étrangères à la famille, » le tribunal, disons-nous, trouvant qu'Olivier avait manifesté du fanatisme, le laissa aux arrêts qu'il avait dû revêtir de nouveau.

Pendant le cours du procès, M. Olivier crut devoir s'adresser directement au conseil d'état, soit pour récuser le tribunal civil qui avait évoqué la cause, soit pour protester contre l'accusation dont il était lui-même l'objet, soit encore et surtout pour ré clamer instamment qu'il lui fût permis d'exposer, dans une dispute publique, ses vues et ses croyances religieuses. Cette lettre est assez intéressante ; elle constitue surtout un élément de la discussion assez curieux, pour que nous la donnions ici tout entière.

Aubonne, le 17 septembre 1824.

Très honorés monsieur le landammann et messieurs les membres du conseil d'état.

Veuillez permettre à un accusé, livré par votre ordre entre les mains des tribunaux, et appelé à se justifier de ce dont on l'accuse, de vous

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