CHAPITRE XVIII
plein de force et de goût 1 . » Et l'année suivante encore, le Globe, revenant sur ce même ouvrage, s'exprimait ainsi : « Composé par un croyant, c'est presque un arrêt, tant il fournit de présomption en faveur de la cause qu'il veut rendre victorieuse *. »
Un autre journal français que nous avons eu plus d'une fois l'occasion de citer, un journal protestant, il est vrai, et tout à fait sympathique à la cause dont Vinet s'était fait le défenseur, les Archives du christianisme, consacrait un long article au Mémoire en faveur de la liberté des cultes et disait à ce propos : « Le service que M. Vinet vient de rendre à la cause qu'il défend avec autant de profondeur que de talent reçoit une valeur toute particulière de l'élévation de vues et des sentiments de piété chrétienne qui respirent dans chaque page de son ouvrage. Ce n'est point ici un plaidoyer ordinaire dicté par des principes de philosophie et de justice sociale, ce n'est pas un tableau tracé avec l'amertume de l'indignation ou avec la verve du patriote, et peignant soit les maux que l'intolérance a attirés sur les peuples, soit les bienfaits dont elle les priva, et que la liberté religieuse verse visiblement sur les états en proportion du degré où elle y est admise; c'est encore moins un écrit qui trahisse le plus faible éloigneraient pour ce brûlant zèle apostolique qui cherche à détruire l'erreur, et à faire régner à sa place les vérités religieuses dont l'âme est pénétrée. L'auteur, au contraire, s'y montre partout animé de l'esprit qui produit et exalte un pareil dévouement, mais il s'y montre constamment dirigé par la sagesse qui en règle l'action, et la contient dans les limites prescrites par les intérêts sociaux et les préceptes de l'Evangile. On ne peut quitter son ouvrage sans se sentir porté avec plus d'ardeur à coopérer à la propagation du règne de Jésus Christ sur la terre, en même temps qu'on éprouve une répugnance forte et raisonnée à y concourir, soit par la contrainte, soit par
1 Le Globe, tome IV, page 43, 21 novembre 1826. Le Globe, tome IV, page 67, 16 janvier 1827.
MOUVEH. RELIG. 1!. 11
l'influence de prérogatives sociales; répugnance d'autant plus invincible qu'on est forcé de reconnaître, à la lumière des flambeaux que l'auteur emprunte tour à tour à la philosophie et à la révélation, combien ces moyens sont destructifs du but louable que le prosélytisme se propose, et attentatoires à la fois aux droits de Dieu et aux intérêts moraux de l'homme1. » Aux yeux de la rédaction des Archives, « M. Vinet montre avec la dernière évidence que la liberté de conscience n'est rien sans celle des culies, que le secours de coopération sociale, indispensable aux progrès de la puissance matérielle de l'homme et à l'essor de son intelligence, est tout aussi nécessaire pour le développement de ses sentiments religieux -. »
Il est de fait que le livre de M. Vinet ouvrait à la masse des esprits des horizons tout nouveaux et leur faisait entrevoir des perspectives étonnantes que la plupart n'auraient jamais soupçonnées. Mais en élevant les questions à cette hauteur, pouvaitil espérer d'être compris de beaucoup? Nous ne le pensons pas. Que d'expériences pratiques et douloureuses ne fallait-il pas faire encore avant que la seule possibilité de résultats tels que ceux que iM. Vinet ambitionnait pût être entrevue? On pouvait donc craindre que cet auteur ne se fût placé encore trop en dehors et trop au-dessus de la masse des esprits et même, peutêtre, de la majorité des meilleurs esprits de son temps.
On se demande avec une curiosité bien naturelle comment le Mémoire en faveur de la liberté des cultes fut reçu dans la patrie même de son auteur, au canton de Vaud^ Le prodigieux contraste que présentaient les théories de M. Vinet sur la liberté,
1 Archives, 1827, pages 72, 73.
4 Archives, idem, page 75.