CHAPITRE XVIII
dans la patrie de Vinet. M. de Félice n'y manqua pas et il glissa dans son article quelques allusions très transparentes, quoique d'une prudence extrême, à la négation légale et pratique que les vérités défendues rencontraient au canton de Vaud. « Nos mœurs, disait-il, et nos institutions, en matière de liberté religieuse peuvent encore être perfectionnées... M. Vinet y concourra. »
Après une longue analyse très détaillée du Mémoire, le collaborateur du Nouvelliste vaudois arrivait à la conclusion que voici et qui étaitabsolument conforme à la manière de voir de M. Vinet : « La complète indépendance des deux sociétés est donc nécessaire par le fait, obligatoire en principe et bienfaisante dans son application. »
Toutefois M. de Félice, voulant s'acquitter consciencieusement de sa tâche de critique, croyait pouvoir dire que l'ouvrage de M. Vinet était plutôt senti que raisonné ; qu'il en résultait des « contradictions apparentes ; » du « vague dans les idées; » de la « confusion et des lacunes dans l'enchaînement des preuves. » M. de Félice ajoutait en terminant : « ce sont les croyants des diverses communions chrétiennes qui ne sont pas encore convertis; eux seuls empêchent la liberté religieuse dans quelques états et l'entravent dans les autres. »
Il y avait dans ce dernier reproche quelque chose de bien propre à réveiller l'attention des croyants, et M. L. Burnier, que nous avons nommé comme ayant hautement adhéré aux doctrines émises par Vinet, releva le gant et, dans un article du Nouvelliste intitulé: Encore quelques mots sur le Mémoire de M. Vinet, il répondit aux objections de M. de Félice, en prenant la défense du point de vue de Vinet et de la manière dont celui-ci l'avait présenté Une réplique de M. de Félice en provoqua une nouvelle de M. Burnier. Malheureusement pour la question controversée, cette dernière lettre ne fut pas admise dans les colonnes du journal. M. Burnier prétendait que son antagoniste ne partageait
1 Nouvelliste vaudois, 1827, No 15, article signé P.
pas les opinions de M. Vinet sur la liberté religieuse, ou que s'il les partageait il ne les comprenait pas ; en d'autres termes, que M. deFélice n'admettait pas le principe de la liberté religieuse dans toute sa pureté, ou qu'il n'en voyait pas toutes les conséquences. Il le défiait de lui citer une seule persécution religieuse qui ne fût venue directement ou indirectement de Y état, l'état étant ici, dans la langue de M. Burnier comme dans celle de Vinet lui-même, le souverain. Par un effet de l'union malheureuse contractée pour la première fois sous Constantin, entre la société civile et la société religieuse, il s'est trouvé un état dans l'état, et grand nombre de persécutions, grand nombre de dispositions légales contraires à la liberté religieuse ont été arrachées aux princes par leur clergé ; c'est ce qui est arrivé lorsque l'église persécutrice a pu disposer à son gré de la volonté du prince et de la force publique. Mais, dans ce cas, le prince n'était plus l'état; pour ces matières, l'état c'était l'église, et la persécution venait directement de l'état, savoir, des hommes qui disposaient de la force publique.
Ce sont les croyants, avait dit M. de Félice, qui empêchent la la liberté religieuse ou l'entravent. M. Burnier répondait : «Ou ces croyants disposent de la force publique, ou ils n'en disposent pas. Dans la première hypothèse, ils sont l'état; dans la seconde, ce n'est pas d'eux que vient la contrainte positive. Donc, toute contrainte positive en matière de religion, vient directement ou indirectement de l'état. Donc, ce ne sont pas, comme M. de Félice l'aurait voulu, « les rapports d'église à église qu'il fallait examiner; » mais bien, comme l'avait fait Vinet, les rapports du pouvoir politique avec les communautés religieuses. Si l'état est vraiment l'état, ni l'église, ni le peuple ne pourront l'empêcher de proclamer et de protéger la liberté religieuse. C'està-dire que s'il unit à son omnipotence la sagesse, il parviendra, par des améliorations successives, à établir la liberté religieuse nonobstant l'esprit d'intolérance naturel aux peuples et aux