CHAPITRE XVIII
cette nature survenus au commencement de l'année, à Chardonne, étaient spécialement et hautement réprouvés1. Quelques jours plus tard, un long article sorti de la plume de M. Ch. Monnard signalait au public Papparition des Sermons de M. Ch. Scholl, et voyait dans cette publication une bonne fortune pour les lecteurs.
Malgré les éloges qui avaient été prodigués à son Mémoire dans le Nouvelliste vaudois*, M. Vinet, attaqué sur la manière dont il avait conçu son sujet, crut que ce qu'il avait de mieux à faire pour mettre à néant les objections, était de répondre directement à l'auteur des articles insérés au Nouvelliste. Telle fut l'occasion de la Lettre à un ami, ou examen des principes soutenus dans le Mémoire en faveur de la liberté des cultes par Alexandre Vinet. Cette lettre datée de Bâle, parut en juillet 1825 à Lausanne.
Nous nous rappelons que M. de Félice avait prétendu que Vinet aurait dû s'attacher aux rapports d'église à église et prêcher la tolérance en première ligne. Mais, répondait Vinet, le sujet de la liberté des cultes est le seul qui ait été mis au concours. Ce sujet est tout à fait de notre temps et l'auteur du Mémoire, bien loin de se renfermer, comme on aurait voulu qu'il l'eût fait, dans une question de droit public et de politique, devait prouver que la liberté de conscience est une propriété aussi inaliénable que toutes celles dont la société nous garantit la possession; quelle est une nécessité politique, un besoin social. Il ne suffit donc pas de prêcher la tolérance comme une vertu évangélique, il faut encore établir la liberté religieuse comme un droit. Mais
1 Nouvelliste vaudois, 1826, 28 novembre. * Numéros du 2 et du 27 février 1827.
il n'y a que ceux qui connaissent à fond et dans son ensemble la révélation chrétienne, pour lesquels la tolérance puisse être véritablement un dogme. Les deux attributs de croyant et de citoyen peuvent bien avoir un contact dans la conscience de chaque homme ; mais ils n'en sauraient avoir aucun dans l'institution politique. A une époque où un peuple serait dogmatiquement intolérant, la doctrine de la tolérance philosophique ne pourrait excercer sur lui une plus grande influence que la doctrine de la liberté religieuse. Un édit de tolérance qui consacre des distinctions injustes, qui privilégie une secte aux dépens d'une autre, est frappé d'impuissance. Il repose sur un principe faux. Jamais édit de tolérance n'a satisfait aucun parti, ni établi aucune paix. Les gouvernements n'ont rien fait pour la liberté religieuse ; mais il y a plus, ils ont maintes fois agi contre elle. Comment un gouvernement resterait-il tout à fait étranger au désir de dominer les consciences?
Telles sont, brièvement énoncées, les principales idées que Vinet s'attachait à développer et à défendre dans sa Lettre à un ami, nouvelle et éloquente page à l'appui de la cause dont le procès était pendant devant le tribunal de l'opinion publique. Nous avons déjà fait entendre que l'influence de ces idées, pour n'être pas aussi immédiate et aussi directe qu'on pourrait le croire, n'en était pas moins réelle. La liberté religieuse aura sans doute encore plus d'une bataille à livrer avant de remporter la victoire: néanmoins la lutte est engagée et il ne sera plus possible de l'éviter en étouffant celte liberté qui revendique hautement ses droits. Ce seront les différentes phases de cette lutte que nous aurons à suivre et à observer à travers les années qui vont se succéder.