‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 95 sur 215 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Fondation de la Société des missions évangéliques de Lausanne (1826). — L'institut des missions. — Débuts encourageants. — Le directeur, M. S. Thomas. — Epreuves et découragements. — Fermeture de l'institut. — Activité missionnaire de la société. — Sa dissolution.

L'année 1826 s'était ouverte par la création du premier journal vraiment religieux qui eût encore vu le jour dans notre pays, la Feuille religieuse. C'est encore par une fondation, sinon de même nature du moins aussi louable dans son principe et aussi digne d'intérêt dans son but, que cette année va terminer son cours.

L'insuccès de la tentative faite en 1824, à Yverdon, n'avait pas arrêté l'essor imprimé, dans notre canton, à l'œuvre des missions évangéliques. Les réunions périodiques régulières, en se multipliant, préparèrent le terrain et, lorsque l'heure favorable eût sonné, on put voir que rien, en réalité, n'avait été compromis par le temps d'arrêt que l'on avait dû subir. Non loin de Lausanne, dans la maison de campagne du Désert, des réunions ayant pour objet spécial l'œuvre des missions chez les païens attiraient beaucoup de personnes venant surtout du chef-lieu. Ce sont ces réunions qui ont donné naissance à la société dont nous allons nous occuper. Constituée le 16 décembre 1826, elle prit le nom de Société des missions évangéUques de Lausanne. L'idée en était venue à quelques pieux amis réunis fraternellement pour s'entretenir ensemble de l'état religieux de notre pays1. Quelques jours après, chez le pasteur allemand, M. Sche-

1 A cette époque, l'église nationale du canton de Vaud ne faisait rien en faveur de l'œuvre des missions, tandis que les moraves, les wesleyens et d'autres la présentaient comme une œuvre à laquelle l'église entière devait coopérer.

1er, les bases de l'association furent posées 1 et on nomma un comité dans lequel vinrent prendre place des hommes tels que le pasteur Dapples, le ministre H. Olivier, le docteur De la Harpe. Bientôt après ce sont MM. Jayet, Creux, J. Gaudin et plus tard, Aug. Rochat et Vallouy (1829) qui apportent à la société le concours de leur zèle et de leur expérience chrétienne. Deux associations destinées en partie à recueillir les dons pour les missions existaient déjà dans le canton ; c'étaientles sociétés évangéliques de Morges et de Nyon 2. Dans le grand public, les préventions qui s'étaient de bonne heure manifestées contre cette œuvre subsistaient encore il est vrai, bien que la cause comptât quelques amis de plus et quelques adversaires de moins. Tout en constatant que l'indifférence était encore assez générale, les rapports de la société laissent cependant percer l'expression d'une certaine confiance dans le succès de l'œuvre ; confiance fondée en grande partie sur le développementdu sentimentreligieuxquel'on croyait pouvoir constater chez le peuple vaudois. On était cependant en plein régime de la loi du 20 mai quand la société des missions de Lausanne prit naissance et quand les assemblées publiques de cette société commencèrent à se tenir au grand jour. La première de ces assemblées générales eut lieu le 16 décembre 1828, dans la grande salle du Casino. C'est alors que le rapporteur du comité, M. H. Olivier, précisa en deux mots le but que la société s'était proposé en se constituant : régulariser l'œuvre et offrir ainsi au-dehors une garantie plus stable. Elle avait fait connaître son existence dans le canton et les pays voisins par l'envoi de ses règlements avec la liste de ses membres. Cette fois-ci, elle n'avait eu à se plaindre d'aucune immixtion du pouvoir civil et, ayant sagement tenu compte des expériences faites dans le passé, elle n'avait pas donné prise aux justes critiques adressées autrefois à la société d'Yverdon. C'est encore dans cette assemblée

1 Discours d'ouverture du pasteur Manuel, président.

* Plus tard, en 1827, une société auxiliaire se forma à Yverdon.

Page 1