CHAPITRE XIX
générale de 1828 que le président, le pasteur Manuel, s'écriait avec l'accent de la joie et de l'espérance: « L'église de Jésus- Christ est maintenant, si l'on peut ainsi parler, en pleine réparation ; on relève de tous côtés les parties du saint édifice qui étaient tombées en ruines et l'on commence même à ajouter de nouveaux corps de bâtiments aux premiers. »
Déjà, en effet, les réunions de prières pour les missions s'établissaient librement partout le premier lundi du mois. Bientôt même l'accusateur public en chef allait arrêter les poursuites commencées en divers lieux contre des chrétiens surpris, ce jour-là, dans les réunions, parce que, dira-t-il, «t ce jour est connu pour celui où se forment toutes les assemblées de missions dans l'Europe et particulièrement dans notre pays. » Sans doute, ce haut représentant de la justice suprême ne s'abaissera pas jusqu'à discuter le plus ou moins d'utilité des missions : « les pauvres sauvages étant peut-être incapables de comprendre les dogmes abstraits et la morale parfaite d'une religion toute spirituelle;» néanmoins, comme ces réunions ont lieu partout, le défenseur officiel de la morale publique exigera qu'on abandonne désormais ce chef d'accusation.
Malgré certaines apparences contraires, il y avait donc, au fond, un progrès assez manifeste pour que les amis du règne de Dieu pussent s'en réjouir et y trouver un motif d'espérance pour le plus prochain avenir.
C'est dans ces dispositions d'esprit que le comité de la société des missions, pressé, paraît-il, de divers côtés, décida que dès le 1er janvier 1828, un institut de missions serait ouvert à Lausanne. C'était aller bien vite en affaire, trop vite même, car, malgré cette décision si positive, ce ne fut que l'année
suivante, le Ier octobre 1829, que l'on vit se réaliser ce projet. Des difficultés imprévues avaient surgi et entravé la mise à exécution d'une idée qui avait rencontré cependant bien des sympathies, entre autres dans la ville même de Bâle \
Le rapporteur du comité, M. le ministre Jayet, exposant les raisons qui avaient dicté cette grave mesure, signale, en particulier, la diversité de principes qui résultait de ce que l'institut de Bâle se rattachait aux doctrines exposées dans la confession oV Augsbourg et les chrétiens vaudois à celles de la confession de foi helvétique. Il fait ressortir en outre le fait que la société de Bâle n'admet, parmi ses élèves, que des chrétiens attachés aux églises nationales. Il y a évidemment bien loin de ces distinctions assez légitimes, à une opposition dogmatique et ecclésiastique haineuse. La société de Lausanne s'était établie sur la base d'une alliance évangélique anticipée, car, dans son comité et parmi ses membres, nous rencontrons des chrétiens nationaux etdeschré tiens dissidents. Il était par conséquent naturel et nécessaire que les chrétiens dissidents appelés d'enhaut à la carrière missionnaire, trouvassent, pour leurs études et leur préparation, des ressources que Bàle leur refusait.
1 Ce dernier fait réfute suffisamment une allégation du moment, savoir que l'institut de Lausanne avait été fondé par une espèce d'opposition à celui de Bâle. Cette accusation est même formulée de la manière la plus nette dans les lignes suivantes écrites de Genève, le 25 décembre 1829, et adressées à un membre de la société des missions de Lausanne: « Voilà donc un institut des missions ouvert chez vous... Cette institution n'est-elle pas une imprudence irréfléchie et en particulier n'a-t-elle pas le tort d'être fondée en haine de celle de Bâle , que vos amis A. Bost et Haldane attaquent avec violence comme entachée d'arminianisme, c'est-à-dire comme n'étant pas assez zélée pour la prédestination, pas assez rigoureuse et rude dans la conséquence de ce dogme? Notre église séparée fonde aussi ici une espèce d'école préparatoire, succursale sans doute de votre institut. Le tout réussira probablement mal, mais pourra nuire à l'institut de Bâle, ne fût-ce qu'en détournant des fonds qui lui seraient allés et en augmentant les frais improductifs ! »