CHAPITRE XIX
En même temps que le comité des missions ouvrait l'institut, il se formait à Lausanne une Société auxiliaire de femmes, qui offrait de se charger de tout ce qui concernait la lingerie des élèves missionnaires. La sympathie entourait l'établissement naissant ; les élèves se présentaient en nombre suffisant, les dons abondaient, les premiers indices étaient tous favorables. Mais surtout, ce qui était fort important, le comité plaçait à la tête de la maison un homme que tout le monde s'accordait à reconnaître comme très capable, M. le ministre Samuel Thomas. Ce jeune serviteur de Dieu remplissait alors, depuis trois ans, les fonctions pastorales en qualité de suffragant du pasteur Miéville, à Grancy. C'est là qu'il vit un jour arriver auprès de lui MM. Henri Olivier et le Dr De la Harpe qui venaient lui proposer la direction de l'institut des missions. C'était par l'intermédiaire de Dupraz, alors à Cossonay, que Thomas se trouvait ainsi mis en relation avec les membres du comité.
Le suffragant du pasteur de Grancy ayant accepté les propositions qui lui étaient faites, alla donc s'établir à Lausanne où il occupa, avec ses premiers élèves, une maison située au bas du Chemin neuf et maintenant détruite. L'idée première du comité, nous disait un jour M. Thomas lui-même, avait été de réunir, dans une maison isolée, un cercle déjeunes gens chrétiens, au développement moral et spirituel desquels on aurait travaillé en vue de l'œuvre missionnaire.
Les débuts de l'institut furent pleins d'encouragements. Le premier rapport du directeur constatait le succès obtenu. Après une année, le plus âgé des élèves, L. Cloux, partait pour une mission dans le Canada. Quelques années plus lard, deux autres élèves, Gavin eiDentan, accompagnés de M. Henri Olivier, prenaient la même route. Toutefois, dans l'intervalle qui avait
séparé ces deux départs de missionnaires, il était déjà survenu quelques faits qui projetaient sur l'œuvre entière une ombre de tristesse et de découragement, présage trop significatif de ce qui devait arriver dans un avenir peu éloigné. En effet, dès 1831 d é j à , le directeur croyait pouvoir constater, par la baisse des dons, que si l'intérêt pour l'œuvre subsistait dans le pays, il avait cependant sensiblement diminué. A la vérité, M. Thomas cherchait bien à expliquer par différentes causes extérieures, par les fléaux qui avaient restreint les ressources générales et par les fortes recettes que la société avait faites dans les premières années, la diminution actuelle dans les revenus ; il se plaisait à montrer cet intérêt encore vivace et se manifestant par la formation, dans nombre de paroisses, de réunions mensuelles en faveur des missions ; il ne pouvait néanmoins pas cacher que l'œuvre commençait à marcher d'un pas moins ferme et moins assuré.
En 1832, le missionaire Cloux, forcé par l'état de sa santé, revenait en Suisse, et un élève qui donnait de grandes espérances se noyait par accident à Genève. Aussi le rapport de cette année-là est-il tout particulièrement triste. Cependant le comité ne voyant, dans les épreuves qui atteignaient son œuvre, que les difficultés inhérentes à toute entreprise de cette nature, ne songeait point encore à s'arrêter dans la voie qui s'était ouverte devant lui, et, dans le courant de cette même année 1832, il achetait, à l'extrémité du quartier de Saint-Laurent, un immeuble destiné à recevoir l'institut dans ses murs. En même temps il pensait à émettre une feuille de missions pour les réunions mensuelles dans le canton.
Les années qui suivirent amenèrent de nouvelles épreuves: maladies et retraites d'élèves, petit nombre des ouvriers dispo-