CHAPITRE XIX
nibles et incertitude sur le champ que l'on devait assigner à leur activité, etc., etc. En 4835, la société ne comptait chez les païens que deux aides-missionnaires1. Ce fut dans l'assemblée de cette année-là que M. le ministre Paul Burnier proposa, au nom de la société évangélique de Morges, de dissoudre l'institut des missions. On se fondait pour cela, non-seulement sur des considérations financières , mais surtout sur ce qu'après six années d'efforts, cet établissement n'était pas parvenu à former un seul missionnaire. On aurait pu ajouter que le véritable esprit missionnaire , avec le dévouement et l'abnégation de soimême qu'il produit, n'avait pas été suffisamment répandu sur la jeunesse vaudoise pour qu'un institut de missions pût avoir une marche facile dans nos contrées. Cependant, la société évangélique de Morges reconnaissait elle-même hautement, que « les efforts faits jusqu'ici n'avaient pas été inutiles , qu'ils avaient popularisé la cause des missions et que c'était un essai qu'il avait été permis de faire. >
Si la fondation d'un institut de missions à Lausanne avait été un fait grave dans l'histoire religieuse de notre canton, la fermeture de cet institut, si peu d'années après son ouverture, était un fait plus grave encore. Il pouvait être envisagé comme une défaite, ou comme la preuve qu'il y avait eu de la présomption, de la légèreté, de l'imprévoyance chez les promoteurs de cette œuvre. A l'ouïe de cette décision, le monde devait triompher et les chrétiens pouvaient se laisser aller au découragement, à la défiance ou à l'indifférence. Quoiqu'il en soit, le comité crut que les motifs qui militaient en faveur de la fermeture de l'institut
1 Dans ce même temps, la société des missions de Bâle offrait à celle de Lausanne de recevoir quelques-uns des élèves sortis de l'institut, et de les placer parmi ses propres missionnaires, dans un champ nouveau, à Tauris, non loin du lac d'Ourmiah, en Perse, La société de Lausanne accepta cette invitation et, en conséquence, elle adressa en date du 3 décembre 1835, et par l'organe du directeur, M. Thomas, un appel aux chrétiens qui se sentiraient disposés à partir. Nous ignorons quel fut le résultat de cet appel.
MOUV. RELIG. II. 12
étaient plus puissants et plus impérieux que toutes les considérations qu'auraient pu suggérer l'amour-propre ou la crainte des jugements du monde. Cette décision lui coûta beaucoup1, mais il ne la prit pas sans avoir réclamé du Seigneur la mesure de sagesse et de bon conseil qui lui était si nécessaire.
Le rapport de 1886 nous apprend que l'institut a été déclaré clos le 28 avril de la même année. Pendant six ans et demi, quatorze élèves y avaient été admis successivement. Deux d'entre eux restaient au service de la société, Gavin et Dentan, que nous avons déjà nommés. Enfin, la société se réservait de rouvrir plus tard l'institut, si la possibilité lui en était offerte2. Ainsi se termina la carrière d'un établissement auquel une durée plus considérable et une fin moins prompte avaient d'abord paru réservées. Les causes de sa cbule furent diverses ; les unes étaient d'une nature plus intérieure, les autres d'une nature plus extérieure. Parmi les premières, il faut signaler, outre celles que nous avons déjà memionnées d'après les rapports de la société, le manque de préparation antérieure suffisante chez plusieurs des élèves. Arrivant incultes à Lausanne, il travaillaient trop et tombaient malades. Ensuite, tel d'entre ceux qui étaient partis pour l'Amérique, y devenait bientôt la proie du découragement, du mal du pays et il rentrait dans sa patrie. Enfin il paraît, chose triste à dire! qu'il s'était introduit parmi les élèves un esprit d'indocilité et d'insubordination qui contraignit le comité à en renvoyer trois, ensorle qu'il ne lui en restait à la fin plus qu'un seul.
1 Les circulaires émises par le comité des missions, relativement à la fermeture projetée ^le l'institut, témoignent hautement de la vive douleur qu'il éprouvait d'avoir à traiter une pareille question. Mais il avait été décidé que si, à la (in de mars de cette année-là, il ne se trouvait pas quatre élèves admis dans l'institut, on examinerait la convenance de fermer cet établissement. Ce chiffre, si modeste, ne fut pas atteint.
* « Nous avons, disait le comité, fondé la maison quand Dieu nous en offrait les moyens ; nous la fermons quand il les retire. »