CHAPITRE X
à M. Bost lui-même de s'accommoder longtemps du chemin battu. Il faisait cependant plus que côtoyer les divers partis religieux1. Mais, après des séjours plus ou moins longs au sein des diverses églises dissidentes et libres, M. Bost, que le wesleyanisme séduisait un jour et un autre jour le nationalisme, finit par demander à ce dernier un asile que l'âge et peut-être le besoin de changement lui ont fait abandonner depuis quelques années, « pour vivre, — c'est lui qui nous le disait, — dans le découragement, n'imprimant plus, ne prêchant plus, réfléchissant et ayant le temps de penser. »
On sait le bruit que fit, au jour de son apparition, le premier écrit polémique de M. Bost, sa Genève religieuse en i819, que nous avons plus d'une fois citée. « Cet ouvrage, nous dit l'auteur dans ses Mémoires, était pour moi et en soi d'une importance qui touchait au solennel. »
Bien plus vive et bien plus agressive encore fut la Défense des fidèles de Genève, qui parut en 1825. Un sermon de M. Cheyssière, pasteur de l'église nationale, sermon prêché successivement dans les divers temples de la ville et de la campagne, détermina cette nouvelle apologie des fidèles dissidents. M. Gheyssière, prenant pour texte de son sermon cette parole de St. Paul : Evite le sectaire, etc. (Tite III, 10), avait fait sur l'esprit de secte une violente diatribe presque personnelle contre les dissidents qu'il traitait fort mal2. M. Bost, dans la profonde ignorance où l'on était alors des questions ecclésiastiques, fut amené
1 Ainsi il a été très morave et de là est sortie son Histoire ancienne et moderne de l'Eglise des frères de Bohème et de Moravie (1831). Il a eu également des entraînements mystico-catholiques singulièrement curieux. Il nous racontait lui-même un jour, qu'en 1818, à Lausanne, il se rencontra avec le prêtre romain de cette ville, qui était quiétiste, un mystique, M. de Langallerie, et une vieille demoiselle morave ; « or, nous disait M. Bost, nous étions tous si quiétistes, qu'il n'y eut pas l'ombre de discussions entre nous. »
2 A la suite de cette prédication il y eut, dans le public, une recrudescence d'animosité contre la nouvelle église.
168 livre n.
par l'intelligence du mot sectaire à prendre un titre hardi, tout en ôtant à la question ce qu'elle pouvait avoir de personnel. Il réfutait l'accusation de secte lancée contre la nouvelle église, eu montrant que toute la question était une question de doctrine, que c'était V hérétique qui était sectaire l. La thèse de M. Bost était celle-ci: c'est le clergé de Genève qui est sectaire, car il est socinien; il a abandonné l'Evangile! La séparation, dit-il plus loin, ne se serait pas faite, si l'Evangile eût été prêché alors par une majorité prononcée du clergé-. C'est dans un langage violent, mordant môme, dans des pages éloquentes, que M. Bost soutient cette thèse. La Défense des fidèles fut déférée parle conseil d'état au procureur général, et toutes les émotions et les préoccupations de cette cause et de cette époque se retrouvent vivantes dans le volume intitulé : Procès du ministre Bost et son acquittement par deux tribunaux (1826). Nous voudrions que le plan que nous nous sommes proposé nous permît d'analyser les deux plaidoyers que M. Bost présenta lui-même pour sa défense. Nous ne savons pas s'ils étaient conformes à toutes les règles de la science du droit, mais ce que nous savons bien, c'estqu'ils renferment des morceaux d'une éloquence dont on peut dire en vérité, qu'elle brûle le papier. Il y là des coups de massue pour le clergé genevois et M. Chenevière en particulier ; une verve d'ironie qui devait faire regretter aux demandeurs d'avoir soulevé le débat. La cour n'admit pas l'action en calomnie, comme le ministère public, organe du gouvernement le requérait, mais elle condamna M. Bost à une amende et aux frais. A l'issue du procès, la foule poussa des huées, mais le gouvernement prit aussitôt des mesures pour prévenir et réprimer les désordres ; il fît accompagner M. Bost par des gendarmes chargés de le pro-
1 Bost. Défense, pag. 20.
s Idem. pag. 64.