‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 99 sur 243 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des citations qui précèdent, nous pourrions déjà conclure que la situation religieuse du pays à cette époque, bien qu'obscure encore, s'éclaircissait cependant peu à peu et présentait des signes déjà bien évidents d'un changement prochain. Quelque semence a été répandue dans les années antérieures ; ici et là cette semence, qui a germé, perce la surface du sol et annonce la moisson. Quelques personnalités se détachent sur la masse encore indifférente ou somnolente. Déjeunes suffragants surtout se préparent à la lutte, tout en remplissant les devoirs de leur charge ; et, sans même qu'ils s'en rendent bien compte eux-mêmes, le Seigneur les équipe déjà pour le combat. Si la première impulsion est partie du pays même, si c'est sous une influence toute locale que le premier ébranlement s'est produit, il est justecependant de reconnaître la part que l'action du dehors a prise à ce mouvement. En fait d'influences genevoises, celle de Félix Neff ne devait pas, ne pouvait pas être oubliée, parce qu'elle a été la plus sensible et la plus bienfaisante. Que de jeunes ministres vaudois, dont les noms appartiennent à l'histoire du réveil, d'abord un peu étonnés, surpris par les paroles et les enseignements de l'ex-sergent d'artillerie, lui ont dû, à cette époque, des lumières qu'ils ne possédaient pas encore et ont été vivement impressionnés par sa parole incisive. Nous avons cité les noms des Juvet, des Rod. Mellet, des Vallouy, des François Olivier; nous pourrions en citer bien d'autres encore: ceux des Dupraz, des Brousson, des Fivaz, des Jayet, des Laurent, etc.

De même que Félix Neff, Ami Bost appartenait à la nouvelle église de Genève. Lui aussi, il avait compris le grand devoir du

fidèle comme de l'église, le devoir de l'évangélisation, du prosélytisme chrétien. Le canton de Vaud le vit donc souvent visiter ses villes et parcourir ses campagnes.

M. Bost est bien connu dans ie monde protestant et évangélique de langue française. Lui-même a pris soin d'écrire sa propre histoire avec celle de beaucoup d'autres, et ses Mémoires sont une mine assez riche de documents et de matériaux pour l'histoire du réveil1.

M. Bost a été l'un de ceux qui, à Genève, ont ressenti les premiers le besoin d'une vie spirituelle plus intense et qui ont uni leurs efforts pour ramener cette vie dans l'église à laquelle ils appartenaient par leur naissance. Il compta parmi les fondateurs de la société des Amis (1810), et on le vit dès lors constammant mêlé à toutes les péripéties du mouvement religieux à Genève et dans la Suisse française. D'un esprit très ouvert, d'une nature singulièrement impressionnable et passionné d'indépendance, il voyage à travers tous les milieux ecclésiastiques et religieux, subissant facilement leurs influences si diverses et parfois si opposées, mais se les appropriant aussi facilement, grâce à une rare puissance d'assimilation. Il reste lui, tout en variant à l'infini sa formule religieuse, — nous ne disons pas dogmatique, — et sa position ecclésiastique. De là les étonnements qu'il a provoqués bien souvent et qu'il a constatés luimême sans s'en émouvoir beaucoup. On comprend du reste facilement qu'avec une personnalité aussi originale, il n'ait pas été toujours aisé de marcher d'accord, pas plus qu'il n'était facile

1 Bien qu'ayant pour M. Bost, que nous avons le privilège de connaître personnellement, la plus grande vénération, nous croyons que les matériaux qu'il offre ne sont pas toujours de premier choix et qu'il ne s'est pas toujours mis en garde contre certains entraînements. — Cœur droit, sincère, ardent, M. Bost se laisse aller quelquefois à une émotion qui le domine; il devient passionné et il juge trop sévèrement les hommes et les choses. Tombant ensuite dans un excès contraire, il jette le manche après la cognée ; il fait entendre des accents de découragement auxquels se mêlent d'une façon pénible l'ironie et l'amertume.

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