CHAPITRE X
téger et comme il demeurait hors de ville, on ferma les portes afin d'empêcher la populace de le suivre l.
•Notre but, en racontant ce qui précède, a été de faire connaître à nos lecteurs de quelle énergie de conviction et de quel courage dans l'action était animé un homme dont les visites au canton de Vaud n'ont pas été sans laisser quelques traces, et qui a eu sa part d'influence sur le mouvement religieux dont nous racontons l'histoire. Du reste, M. Bost a agi au milieu de nous, plus peut-être par ses écrits que par sa présence. Plusieurs de nos pasteurs âgés, ses contemporains, pourraient parler avec connaissance de cause de cette action littéraire. Ils signaleraient ses ouvrages d'histoire religieuse, ses études sur les matières ecclésiastiques, mais en particulier un opuscule, plus important qu'il n'est gros, et qui fit quelque bruit dans le temps: Christianisme et théologie (1827) dont nous aurons à tenir compte plus tard lorsque nous traiterons de la théologie et de la morale du réveil.
C'est dans l'année 1818 que nous rencontrons, pour la première fois, M. Bost au canton de Vaud ; dans les contrées (VYverdon et de Sainte-Croix. Il y avait alors dans cette dernière localité un réveil sur lequel on semait d'affreuses calomnies. Un frère Nicolas Coulin, de Genève, y avait commencé une œuvre d'évangélisation. Des assemblées libres réunissaient jusqu'à quatre cents personnes. Bost eut lui-même l'occasion de prêcher devant de tels auditoires. Les frères moraves se tenaient plutôt en dehors du mouvement ; parfois même ils lui étaient hostiles.
Les lignes suivantes de ses Mémoires nous apprennent dans quel étatd'âme Bost se trouvait alors : « Notre foi avait cette vivacité qu'on trouve toujours aux époques de réveil, et qui, po#ur ainsi dire s'approche de Dieu de plus près qu'en temps ordinaire,
* Bost. Procès et Mémoires.
et éprouve le besoin de sentir son action directe et de voir des symptômes de sa présence... Nous sentions le besoin de secours extraordinaires ; il nous fallait souvent les directions immédiates de Dieu. »
D'un caractère tout autre que Bost ou que Neff, mais d'une foi non moins grande et d'un zèle non moins ardent, était Henri Pyt. Né à Sainte-Croix en 1796, et Vaudois d'origine, Pyt avait fait ses études à Genève. Nous savons ce qu'était, à cette époque, la théologie enseignée dans l'académie de cette ville. Mais, de bonne heure aussi, Pyt se trouva en relation avec des âmes qui avaient faim et soif de vérité ; il s'unit à la société des amis et, en 1817, à l'occasion du règlement dont nous avons antérieurement parlé, il quitta l'auditoire de théologie. Après un séjour en France, il revint en Suisse, et c'est alors qu'il visita le canton de Vaud où ses conversations et ses prédications furent bénies pour plus d'une personne, pour plus d'un minisire1. C'est alors, comme nous l'avons vu, en effet, que plusieurs d'entre les jeunes membres du clergé commençaient à sentir une vie nouvelle les pénétrer et les animer.
Henri Pyt ayant un oncle, le doyen Jaques, à La Sarraz, le visitait quelquefois. Il eut ainsi l'occasion de voir Juvel, sur lequel, de même que Félix Neff, il exerça une influence considérable. Cependant à ce moment-là , lorsque Pyt disait au jeune suffragrant que rien se ferait au canton de Vaud si l'on n'y fondait une église séparée, Juvel envisageait cette perspective avec épouvante, tant lui-même, ainsi que les jeunes ministres réveillés, étaient éloignés de toute idée de séparation d'avec la
1 Guers. Vie de Henri Pyt.