CHAPITRE X
seule église alors existante *. L'anecdote suivante, qui nous a été racontée par M. L. Germond père, fera connaître la manière dont Henri Pyt procédait dans ses entretiens avec les jeunes ministres vaudois.
G'étaiten 1819. Pyt allant avec.Iuvet, de La Sarraz à Lausanne, visita en passant, à Cheseaux, Germond qui y était suffragant. A peine est-il assis que dans son zèle tout apostolique, Pyt interpelle son hôte en ces termes : Dites-moi, cher frère, comment exposez-vous à vos paroissiens la voie du salut? La question exigeait une réponse catégorique. Or Germond croyait que Jésus-Christ avait replacé l'homme au rang d'où Adam était déchu et qu'après cela Tr omme devait s'aider lui-même et parvenir par ses efforts au salut. A l'ouïe de cette exposition de doctrine, Pyt répond : « Vous n'êtes pas dans la vérité. » Et làdessus, il s'engage entre les deux jeunes serviteurs de Dieu un entretien long et sérieux après lequel Pyt, sur le point de quitter Germond, lui dit : Nous n'avons pas les mêmes opinions, mais j'ai bon espoir de vous, parce que vous avez un profond respect pour l'autorité des Ecritures2 1 Qui ne sait, parmi nous, combien ce pronostic s'est réalisé ! Mais alors les doctrines du suffragantde Cheseaux étaient très généralement répandues dans le clergé vaudois.
L'anecdote que nous venons de raconter nous paraît peindre, d'une manière aussi exacte que sensible, la méthode ordinaire d'évangélisation qu'employait, du reste sans plan formé d'avance, le réveil à son origine. Et c'est précisément le caractère agressif
1 Partout sur son chemin, Neff trouvait également des jeunes ministres pleins de zèle, mais fortement prévenus contre toute dissidence. Voir L. Burnier. Notice sur Rochat, pag. 69.
* « Quant à Pyt, écrivait, en 1819, un professeur en théologie de l'académie de Genève, je l'ai beaucoup connu et toujours comme le cœur le plus honnête, l'âme la plus droite, mais aussi la tête la plus obscure et le jugement le moins formé que j'aie jamais vu. » — Il est permis de voir dans cette réserve faite par le professeur genevois un peu de prévention.
de cette méthode, autant peut-être que ce qu'il y avait d'incisif et de pressant dans les doctrines accentuées par lui, que le réveil surprenait, troublait et heurtait les esprits1. Nous signalons cette méthode chez Neff, chez Bost et chez Pyt ; nous la retrouvons encore et à un haut degré chez Malan. C'était exubérance de vie et de sentiment religieux; c'était aussi réaction ardente contre Palanguissement spirituel et la fadeur d'une orthodoxie morte.
Lesévangélistes, au souvenir desquels nous avons consacré les pages qui précèdent, se rattachaient, nous l'avons dit, à la nouvelle églisede Genève. D'autres ministres ou évangélistes de cette même église parcoururent aussi, les uns plus, les autres moins les cantons de Vaud et de Neuchâtel, mais c'est à une époque postérieure que nous verrons des hommes comme Emile Guers, par exemple, intervenir dans notre histoire religieuse. Toutefois, avant que d'abandonner, pour n'y revenir plus qu'à l'occasion de certaines questions dogmatiques et ecclésiastiques, la nouvelle église, nous avons à signaler une publication sortie de son sein et qui exerça une certaine influence sur le mouvement religieux dans notre pays.
De 4849 à 4822 parut à Genève, sous la direction du pasteur Guers, que nous venons de nommer, le premier journal véritablement et positivement religieux qui ait vu le jour dans
1 A l'issue d'une réunion qu'il venait de présider, à Sainte-Croix, Juvet, se plaçant sur le seuil de la porte, arrête une jeune personne sérieusement disposée et lui dit: — Avez-vous une Bible dans votre maison? — Oui, monsieur! — Vous avez une Bible ^dans votre maison? — Mais oui, monsieur! — Comment, vous pouvez me dire cela ; je vous dis, moi, que vous n'en avez pas! — Mais, monsieur, croyezvous que je vous dise des mensonges? — Alors, pourquoi voulez-vous que je vous croie, vous qui ne croyez pas Dieu ?