CHAPITRE XI
réveil vaudois était dû aux Anglais II y avait là aussi toute une tactique dont le but n'était rien autre que de discréditer le retour à la piété et à une vie chrétienne plus décidée. C'est d'un procédé tout semblable que M. Bost se plaignait déjà, lorsqu'en 1826, dans son second plaidoyer devant le tribunal de Genève, il prononçait ces paroles: « Les Anglais ! les Anglais, crie-t-on sans cesse, lorsqu'on veut attribuer notre foi à une influence étrangère! » C'est hélas! la tactique que le doyen Curtat n'observa que trop bien dans ses fameuses et regrettables brochures de 1821. Si ce* derniers écrits n'avaient jamais vu le jour, le réveil se serait certainement accompli, mais on n'aurait jamais eu l'idée d'en faire honneur aux Anglais.
Au reste, pourquoi ne le dirions-nous pas? Il serait démontré que, en 1815, avant l'arrivée des Anglais, il n'existait chez nous aucun travail spirituel avant-coureur du réveil ; il serait prouvé, d'une manière irréfragable, qu'après avoir préparé le terrain, les chrétiens anglais y ont jeté les premiers les semences de la vérité et de la vie; qu'ils ont cultivé la plante qui perçait le sol et qu'ils l'ont suivie jusqu'à pleine maturité , que nous ne verrions là rien qui pût être invoqué contre le réveil pour le rendre suspect et le condamner l.
' « Si ce mouvement, dit à ce sujet fil. Gauthcy dans nue lettre adressée par lui .1 la Discussion publique, le 9 septembre 1831, nous eût menés à l'erreur, nous ne sau rions assez le déplorer; mais s'il nous a menés à. la vérité, alors il est certainement fort heureux, quels qu'aient été les instruments que le Seigneur a employés à cette œuvre. Pourquoi cet autour-propre national, qui nous fait dédaigner tout ce qui n'est pas de notre crû ? La vérité perd-elle de son prix pour avoir passé par tel ou tel vase d'argile, et ne devons-nous pas nous réjouir du bien, de quelque coté qu'il nous vienne ? » M. Gauthey examine ensuite s'il est bien vrai que ce soit une secte anglaise qui a apporté aux partisans du réveil leur manière de voir? Il déclare que, quant â lui, l'Evangile qu'il prêche, il ne l'a reçu d'aucun homme, mais de la seule parole de Dieu et que, quant à plusieurs autres ministres du pays, il a lieu de croire qu'ils pourraient faire la même déclaration. Tonte cette lettre est un précieux témoignage en faveur de notre thèse. « 11 faut avouer, dit de son côté M. L. Burnler (Notice sur
Dan* le royaume de Dieu, les diverses nationalités se fondent et se confondent; il n'y a plus ni Grec, ni Scythe; il n'y a plus ni Vaudois, ni Genevois, ni Anglais; il y a des hommes pétris du même limon, coupables du même péché, placés sous la même condamnation et relevés par le même Sauveur. Les hommes ne sont que des instruments entre les mains de Dieu, et nous ne serions pas plus autorisés à nous plaindre de ce que des Anglais seraient venus travailler chez nous, que les Genevois ne le seraient de ce que les Français Fa^el et Calvin, ont prêché l'évangile au milieu d'eux Au fond, î,out le monde est d'accord sur ce point, et nous n'aurions pas pris la peine de disculper notre réveil des accusations de cette nature dont il est l'objet, si nous n'avions eu à cœur de montrer que ces accusations ont été imaginées pour les besoins d'une cause qui a fait flèche de tout bois.
Est-il maintenant besoin d'ajouter que si l'influence genevoise a été beaucoup plus sensible et positive sur le mouvement religieux dans le canton de Vaud que l'influence anglaise, cette influence ne mérite cependant pas le nom d'étrangère. A la vérité, Genève n'a pas été toujours unie à son voisin, le canton de Vaud, par des liens confédéraux tels que ceux qui existent aujourd'hui ; mais qu'est-ce que cela signifie ici? Genève et Lausanne n'ontelles pas été deux sœurs en réformation, et si, dans la suite des temps, par l'effet d'une déplorable divergence de doctrines re-
ÂUff. Rochati, que les chrétiens de la Grande-Bretagne prirent une grande part à notre réveil religieux; il y aurait ingratitude et orgueil à ne pas le faire. Mois il faut aussi reconnaître qu'à leur arrivée sur les bords de noire tac ils trouvèrent les premiers éléments de 'C œuvre, que Dieu les appelait à développer. »
' « L'on reproche toujours aux Anglais de s'être mêlés du réveil religieux dans notre pays. L'on devrait, ce semble, plutôt leur en savoir gré. Il y a de l'orgueil à ne vouloir rien recevoir d'autrui et de la grandeur d'âme à avouer son ignorance et à accepter avec reconnaissance les lumières que d'autres nations plus avancées nous offrent et nous procurent. (Discussion publique 1831. pai,'. 104. »