‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 11 sur 243 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

En effet, tandis que, douze jours à peine après la révolution, rassemblée représentative « s'impatientait de voir enfin la religion donner la main à la liberté1, » on vit le clergé de Lausanne paraître au sein de la représentation nationale. C'était le mercredi 7 février. Lorsque les ecclésiastiques entrèrent dans la salle, les représentants de la nation se levèrent, et l'un des pasteurs , parlant au nom de ses collègues, s'exprima en ces termes: « Nous venons présenter nos hommages et nos vœux. Quoique resserrés dans les fonctions de notre ministère, nous chercherons à être utiles encore dans nos discours publics et dans nos instructions particulières; partout nous prêcherons l'union, la concorde, la soumission aux autorités constituées, l'obéissance aux lois. Partout, nous tâcherons de donner l'exemple d'un vrai patriotisme. »

En vérité, il n'y avait rien dans cette formule d'adhésion qui ne fût propre à rassurer sur les sentiments du clergé de Lausanne; elle était bien plutôt de nature à inspirer la confiance la plus entière. Il paraît que l'assemblée représentative en jugea ainsi, car, ne voyant plus dans les pasteurs que de précieux auxiliaires, elle leur donna, séance tenante, l'accolade fraternelle.

L'exemple offert par les pasteurs de Lausanne ne devait point demeurer stérile. Le lendemain déjà, c'est l'Académie, qui se présente devant l'assemblée provisoire et fait acte d'adhésion. A partir de ce moment, l'organe officiel du gouvernement vaudois ne cesse, pendant un temps, d'enregistrer les noms des ecclésiastiques qui témoignent de leur dévouement à la chose publique. Les classes ne restent point en arrière, non plus que les colloques. Vevey, Aigle, Grandson, Romainmotier , Orbe, Echallens, etc., etc., font parvenir à l'envi des déclarations toutes semblables. Dès le 12 février, la classe de Morges tient à Rolle une assemblée extraordinaire pour délibérer sur les

1 Bulletin officiel.

affaires de la patrie et de l'église. « La compagnie, — dit le procès-verbal, — a prononcé à l'unanimité des suffrages son adhésion au vœu de la patrie. Après avoir décidé d'envoyer à l'assemblée provisoire du pays de Vaud une députation chargée d'une adresse exprimant le patriotisme des pasteurs, la classe a présenté au ciel des vœux ardents pour la prospérité de la patrie et de l'église. » Le mois de février n'avait pas achevé son cours que déjà le gouvernement avait en mains les preuves des bonnes dispositions du clergé vaudois presque tout entier.

Il serait souverainement injuste de contester la sincérité avec laquelle les pasteurs accueillirent le régime sous lequel notre pays se trouva subitement placé après la chute de la domination bernoise. Cependant, il est facile de comprendre qu'un certain nombre d'entre eux ait éprouvé quelque regret ou quelque crainte ; le regret que l'on ressent à voir se briser une position qui paraissait assurée, la crainte que fait naître la perspective d'un avenir profondément mystérieux et voilé. Sans doute, sous le régime de Leurs Excellences, les pasteurs ne jouissaient pas d'une bien grande somme de liberté, et le souvenir du traitement infligé au pasteur Martin, de Mézières, était encore, en 1798, dans toutes les mémoires1. Sans doute encore, les baillis bernois étaient loin de donner toujours, dans leurs juridictions respectives, l'exemple de la piété et des bonnes mœurs, et les pasteurs avaient bien souvent à souffrir de la conduite de ces

1 En 1790, M. Martin avait été accusé du crime de haute trahison, enlevé de sa cure pendant la nuit et emprisonné à Berne pour avoir dit que les pommes de terre n'étaient pas du grain et, par conséquent, n'étaient pas soumises à la dîme. — Reconnu innocent par Leurs Excellences, M. Martin fut reçu, à son retour de Berne, avec de grandes démonstrations de joie qui équivalaient à de vives protestations contre les procédés bernois.

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