‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 113 sur 243 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dute du réveil. — La lutte religieuse ; sur quel terrain elle >e p->rte d'abord. — Intérêt pour les missions évanqpliques. — La société fondée à Yverdon. — Les réunions mensuelles

L'année 1821 a été regardée par des hommes dont le nom doit faire autorité en ces matières, par des témoins oculaires des choses que nous racontons, comme l'année où le mouvement religieux, préparé par le travail antérieur, a pris corps et s'est accusé nettement dans ce que I on a appelé dès lors le réveil. El en effet, ce que nous avons vu s'accomplir lentement, sourdement dans le sein de l'église, nous apparaît maintenant comme une plante vivace qui a germé et grandi à travers le sol et qui commence à porter du fruit. Les positions se dessinent; les besoins religieux réveillés et excités dans la période dont nous nous sommes tout d'abord occupés, s'accentuent plus fortement ;

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ils réclament une satisfaction positive. D'un autre côté, l'opposition jusqu'ici latente, sourde, on peut même dire inconsciente d'elle-même, arrive à se reconnaître, et elle répond à l'appel des besoins nouveaux par des paroles et par des actes dont l'intolérance a produit parmi nous toute une longue suite de douloureuses conséquences.

C'est autour du droit de libre association et de libre action dans l'église que la lutte religieuse a bien réellement pris naissance dans le canton de Vaud. Ce droit, qui n'était dénié à personne, lorsqu'il s'agissait de reunions politiques, littéraires, scientifiques ou autres, se vit tout à coup déclaré impossible, lorsqu'il fut question de l'appliquer au développement des besoins religieux du citoyen et du chrétien. Non pas, à la vérité, qu'il n'y ait eu avant le fait dont nous allons entretenir nos lecteurs, des réunions publiques formées dans un but exclusivement religieux. Il suffirait de mentionner ici les assemblées de la société biblique fondée par Levade. Mais ces assemblées avaient un caraeière très spécial, un objet très déterminé; elles se tenaient au chef-lieu, sous les yeux et sous le patronage, en quelque sorte, de l'autorité civile. Il n'y avait donc pas à craindre une influence qui aurait échappé à la surveillance jalouse du pouvoir, ni une revendication trop grande de la liberté d'action. Les autres essais de réunions religieuses que nous avons eu l'occasion, chemin faisant, de signaler parmi nous, se renfermaient dans des bornes si étroites, qu'ils exprimaient un besoin bien plus qu'ils ne constataient un droit. Le seul bruit qui se soit fait, et pas même à l'origine, autour de ces réunions jusqu'alors inconnues dans le pays, eut pour auteur le doyen Curtal. Encore ce bruit fut-il très peu de chose et n'eul-il d'importance que comme indice d'une situation qui commençait à se tendre. Il a été, par la suite, singulièrement exagéré.

On en était là, lorsqu'au commencement de l'année 1821, l'intérêt pour les missions évangéliques parmi les peuples païens se manifesta dans notre canton par un acte bien simple, bien modeste, et que de nos jours nous envisagerions comme bien ordinaire et bien peu dangereux pour l'autorité. Mais il est vrai de dire que cet acte était alors une grande nouveauté et qu'il fut immédiatement envisagé par plusieurs comme une hardiesse des plus réprébensible*. Cependant, pas un de ceux qui le provoquèrent et qui l'approuvèrent n'avait cru faire une chose illicite et n'aurait supposé qu'une assemblée en faveur des missions évangéliques pouvait ébranler les fondements de l'état et de l'église.

Quelques pasteurs des environs d'Yverdon, qui avaient établi des réunions périodiques d'édification, conçurent le projet de fonder une société de missions destinée à devenir cantonale. Dans ce but, une assemblée convoquée par MM. Rod. Chatelanat, pasteur à Pomy, et Brousson, pasteur à Fiez, se réunit, le 5 mars, dans une grande salle située à côté de l'hôtel de ville d'Yverdon. Un nombre assez considérable de personnes de toutes les classes de la société, et même des magistrats avaient répondu à l'appel qui leur avait été adressé. On remarquait, dans les rangs des promoteurs de la réunion, des hommes tels que les pasteurs L. Germond et Gauthey. On vit également entrer dans la salle Aug. Rochal. Il arrivait là avec son air bonhomme et se dandinant un peu, le gilet débraillé et le jabot chiffonné. Il parla fort bien, avec éloquence et d'une manière persuasive; nul ne s'exprima avec autant d'abondance que lui et n'exerça autant d'influence sur les décisions de l'assemblée. Mais l'enthousiasme dont cetie dernière donna des marques assez sensibles témoi-

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gnait chez beaucoup de plus de naïveté que de connaissance de cause. Il se dit là, en effet, des choses qui devaient amener bien des sourires sur les lèvres des hommes intelligents *.

A la suite de la réunion d'Yverdon, une société fut donc constituée, et son premier acte fut de notifier son existence, soit au gouvernement du canton, soit à messieurs les pasteurs.

Mais avant de voir quelle fut la fortune de la nouvelle société, il ne sera pas sans intérêt de rechercher, dans un passé encore tout récent, comment l'œuvre des missions évangéliques s'était fait connaître dans le canton de Vaud.

En 1834, au sein de l'assemblée générale de la société des missions évangéliques de Lausanne, le pasteur Dapples prononça un discours dans lequel, entre autres choses, il disait: « Avant l'année 1815, il n'y avait presque personne chez nous qui s'occupât de l'œuvre des missions, ou même qui en eût quelque connaissance... Ce fut en 1819 que le Magasin évangélique, publié alors à Genève, rendit générale la connaissance de l'œuvre des missions. »

Le Magasin évangélique exerça donc une influence positive et incontestable sur les esprits et contribua grandement à réveiller et à exciter, dans notre canton, l'intérêt en faveur des missions chez les peuples non chrétiens. D'autres cantons de la Suisse étaient sur ce point plus avancés que le nôtre. C'est ainsi, pour ne citer que cet unique exemple, qu'en 1814, au milieu des angoisses de la guerre et des horreurs d'une invasion étrangère,

1 « iWessieurs, s'écriait, par exemple, un avocat haut placé, je n'ai aucune objection à ajouter ma pièce de cinq francs à celle que dépose pour cette œuvre M. le président I).; je suis bien d'avis que l'Evangile soit porté aux païens, mais je me demande sous quelle forme il doit leur <Hre porte ? »

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