CHAPITRE II
Les adversaires «le l'œuvre des missions. — Les brochures du doyen Curtat. — P.éponses de MM. Duplessis-Masset et Clément Perrot.
Nous venons de voir de quelle manière brutale le gouvernement arrêta le premier essor d'une œuvre qu'il n'était cependant pas en son pouvoir d'étouffer pour toujours. En faisant ainsi, l'état agissait dans l'esprit de son institution ; à la loi civile de l'ordre il sacrifiait tout ce que, dans son intime union avec l'église, il devait envisager comme des déviations et des exagérations du sentiment religieux qu'il s'était chargé de diriger et de contenir. Lorsqu'un état qui se croit chrétien se montre tolérant à l'égard des réunions religieuses qui se forment en dehors de l'établissement officiel, il est inconséquent avec ses principes ; inconséquence heureuse, sans doute, mais sur laquelle il serait bien téméraire de compter. Peut-être, dans le cas actuel, le pouvoir
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civil aurait-il montré quelque largeur, ou si l'on veut quelque indifférence, si un esprit clérical et autoritaire n'avait pas fortement influé sur ses décisions.
En effet, parmi les adversaires que l'œuvre des missions rencontra alors dans le canton de Vaud, nous avons le regret d'apercevoir le doyen Gurtat. Nous ne voulons pas dire que le premier pasteur de Lausanne niât absolument la nécessité et l'efficacité de l'œuvre missionnaire considérée en elle-même. Toutefois, il semble résulter des réflexions qu'il a insérées sur ce sujet dans sa fameuse brochure : De rétablissement des conventicules dans le canton de Vaud, que M. Gurtat n'avait qu'une sympathie bien douteuse pour une œuvre dont il pouvait dire: Il faut se détromper de la haute idée qu'on s'en fait! Après avoir rendu un hommage, qu'on aimerait à croire tout à fait sincère, au zèle de ceux qui patronent les œuvres qu'il attaque, le doyen se permet des accusations semblables à celle-ci, par exemple : «Ils ne parlent de missions que pour connaître tous nos zélés et pour en former des conventicules ou des sociétés dans leur dépendance. »
Dans ses Nouvelles observations sur l'établissement des conventicules et sur les missions en pays chrétiens, M. Gurtat renchérit encore sur les accusations renfermées dans sa première brochure. Il s'exprime avec mépris sur le « travail d'une secte qui parle avec emphase de missions chez les païens pour s'en faire un titre de missionnaire chez les chrétiens et pour s'attacher ceux des nôtres, dont la vive piété leur fait saisir cette grande idée si promptement qu'ils n'ont pas le temps d'apercevoir la nullité profonde des rapports entre ces missionnaires et les missions. » Au fond il taxe formellement hypocrisie, les efforts que font ceux qu'il appelle les méthodistes, pour établir des réunions de missions dans notre canton.
Mais en voilà assez et beaucoup trop même, quand on pense à la position qu'occupait dans l'église l'homme qui a pu écrire de telles choses, et qui, après avoir été un moment le premier