CHAPITRE II
parmi ceux qui ouvrirent la porte au réveil, dans notre patrie, devint bientôt le plus ardent adversaire de ce mouvement.
Les critiques du doyen Curtat ne restèrent pas absolument sans réponses. De divers côtés on lui en adressa ; mais celle qui nous a paru le plus propre à convaincre l'auteur des trop célèbres brochures, si du moins il avait été homme à se laisser convaincre, est la Représentation fraternelle du pasteur Clément Perrot. Ce dernier donne, sur la société des missions établie en Angleterre des détails destinés à convaincre M. Curtat que la conversion des païens est possible et que les chrétiens s'y emploient avec fruit. A en juger par cette phrase, il semblerait que les contemporains du doyen, voyaient dans ses attaques contre les missions, des preuves suffisantes qu'il ne croyait pas à la possibilité d'amener les païens au christianisme. Ce scepticisme expliquerait, sans la justifier assurément, l'hostilité du doyen contre une œuvre qui lui paraissait si suspecte et qu'il envisageait du même œil que les Troyens prudents regardaient le fameux cheval de bois, funeste présent des Grecs. Peut-être aussi, M. Curtat s'opposait-il aux tentatives de populariser chez nous l'œuvre des missions, parce que c'était là une chose nouvelle, que I on entreprenait sans lui, sans le consulter, et on sait assez qu'il était très sensible à ce qu'il croyait être des manquements à son égard.
Les écrits publiés en 1821 par M. Curtat ont eu un trop grand retentissement et ils ont joué un rôle trop considérable dans la crise religieuse dont nous racontons l'histoire, pour que nous ne leur consacrions pas ici une place étendue.
C'est au printemps de 1821 et dans le courant du mois de mai, que parut la première brochure du doyen Curtat. Cette
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publication fit immédiatement une grande sensation. D'aucune manière elle ne pouvait passer inaperçue, et la Gazette de Lausanne du 12 juin s'empressait de signaler, en ces termes, avec quels sentiments d'admiration et de reconnaissance envers l'auteur, son œuvre avait été reçue par le pouvoir législatif du canton : « La dernière opération de cette session (du grand conseil) a été (à la suite d'une discussion qui a offert le plus grand intérêt), l'acceptation de la dédicace que M. Curtat, premier pasteur de l'église de Lausanne, a faite au grand conseil et au conseil d'état, d'un écrit ayant pour titre: De l'établissement des conventicules dans le canton de Vaud. Cet ouvrage qui répond à ce qu'on avait le droit d'attendre de son auteur, a pour but de montrer les dangers de certaines réunions, sans doute louables à beaucoup d'égards dans leurs principes, mais qui paraissent offrir quelques dangers pour la paix religieuse, dont le santon de Vaud a eu jusqu'à présent le bonheur de jouir grâce à la sagesse de ses institutions1. »
Cette dédicace d'un écrit de polémique religieuse aux autorités politiques supérieures du canton, était un fait grave et qui mon trait que M. Curtat se savait bien influent auprès du pouvoir, dont effectivement il avait l'oreille. Le premier pasteur de Lausanne faisait acte de puissance dans l'état comme dans l'église. Il invoquait, indirectement sans doute, mais très positivement le secours du bras séculier dans le but de prévenir ce que la Gazette appelait des dangers pour la paix religieuse. De son côté, le gouvernement en acceptant la dédicace d'un ouvrage qui fai sait table rase du premier et du plus indispensable des droits de l'homme et du chrétien, scellait l'alliance funeste du cléricalisme avec l'esprit mondain pour refouler et anéantir les libres et légitimes manifestations du sentiment et des besoins religieux. Les premières autorités du canton de Vaud, accueillant et prenant
1 Gaiette tiè Lausanne. N° 48, 1821.