‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 122 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sous leur patronage les propositions intolérantes et rétrogrades du pasteur le plus écouté et à tant de titres le plus digne d'être écouté dans le pays, ouvraient la porte à toutes les divisions, à toutes les luttes religieuses qui, dès lors, ont, à plus d'une reprise, si violemment agité et troublé notre patrie. C'est à cet acte d'aveuglement incroyable qu'il faut rattacher le premier anneau de cette chaîne de faits regrettables qui n'a fait que s'allonger depuis et qui ne s'est jamais rompue. C'est jusque-là qu'il faut faire remonter la responsabilité de tout le mal qui s'est accompli parmi nous. L'étroitesse, l'esprit absolu et tranchant, le ton dogmatique, que l'on s'est plu à reprocher, en les exagérant, aux promoteurs du réveil et à ses adhérents, ont eu leur source dans la propre étroitesse, dans le propre absolutisme de l'opposition cléricale et gouvernementale de 1821 . L'acceptation par le grand conseil de la brochure de M. Curtat, a été le premier défi éclatant jeté, à la face du pays, à l'esprit de liberté qui commençait à se faire jour dans l'église. Malheureusement, dans le sein de l'autorité législative du canton, il ne se trouva, semble-t-il, qu'un seul homme qui comprit les dangers d'une décision aussi impolitique, aussi contraire à l'esprit des institutions républicaines et du protestantisme évangélique ; et lorsque le conseil d'état vint demander au grand conseil, d'accepter la dédicace du doyen Curtat, une seule main1 se leva pour repous ser cette proposition.

Nous ne croyons pas faire tort à la législature de l'époque, en prétendant qu'elle ne soupçonnait pas la gravité de la résolution qu'elle adoptait. Et, au fond, peut-être est-ce là lejugementleplus charitable que l'on puisse porter sur elle, et la seule circonstance atténuante à invoquer en sa faveur. Nous savons que telle n'a pas été l'opinion de contemporains très à même de savoir ce

1 Celle de M. Alph. Nicole ou du général de la Harpe. Nous n'avons pu être complètement renseigné sur ce point.

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qui se passait alors dans les régions gouvernementales. Plusieurs de ceux qui se trouvaient, en ce temps-là, à la tête des affaires publiques, étaient, quant à leurs manières de voir en religion, des hommes du XVIIIe siècle. Très libéraux en politique, mais voltainens, ils haïssaient l'évangile et n'auraient rien fait pour la liberté religieuse, dont le nom, du reste, n'était plus guère prononcé. La dissolution, par le conseil d'état, de la Société vaudoise des missions, est une preuve de fait de l'esprit anti religieux qui dominait en réalité malgré certaines précautions de forme.

Quoiqu'il en soit des dispositions secrètes des deux conseils à l'égard des besoins religieux qui se manifestaient et de la forme que tendait à revêtir la satisfaction de ces besoins, il est, à notre avis, douteux que l'opposition se fût accentuée aussi fortement dès le premier jour et surtout dans la suite, si elle n'eût reçu l'impulsion et l'appui que lui donnèrent les brochures de M. Curtat.

Parmi les motifs qui poussèrent ce dernier, à dédier aux autorités supérieures de sa patrie son livre de V établissement des conventicules dans le canton de Vand, le premier pasteur de Lausanne mentionne lui-même, dans sa dédicace, la distribution de petits traités qui, d'édifiants, dit-il, deviennent dogmatiques et diffèrent en quelques points des livres symboliques de l'église vaudoise. En second lieu, M. Curtat prétend que des Anglais donnent de l'argent pour que ces traités soient répandus à profusion et gratis, de telle sorte que Yordre public lui-même court des périls. En troisième lieu, il s'est formé dans le pays des assemblées religieuses extra-légales et d'autres sociétés dont le prétexte est de recueillir de l'argent pour convertir les païens. En quatrième lieu, des missionnaires laïques ou ecclésiastiques font de la propagande partout, même auprès des étudiants et

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