‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 123 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

impositionnaires. Enfin , ces démarches viennent d'étrangers, anglais, qui ne tendent à rien moins qu'à faire de l'église vaudoise, une annexe du méthodisme anglais. Si les chefs du mouvement étaient du pays, dit M. Curtat, les conséquences en seraient bien moins graves.

Si nous n'étions pas convaincu que l'auteur de ces incroyables propositions, était très sincère dans son attaque et qu'il pensait fermement travailler ainsi à la gloire de Dieu et au bien de l'église, nous serions tenté de voir une cruelle perfidie dans l'énoncé de thèses où l'élément politique est habilement mêlé à l'élément dogmatique et ecclésiastique. Si le pouvoir civil n'était déjà que trop disposé à s'envisager lui-même comme le chef suprême de l'église vaudoise et le gardien de l'arche sainte ; si , à ce titre, il élevait des prétentions à connaître de la doctrine et de la discipline intérieure de l'église, il devait être fortement aiguillonné à revendiquer toujours plus nettement ces droits qu'on lui représentait comme attaqués. Bien plus, la pensée de Yordre public troublé, d'une immixtion étrangère dans les affaires du pays, devait exciter au plus haut point sa sollicitude et ses préoccupations. Eût-il été indifférent au premier chef d'accusation lancé contre le mouvement religieux, il eût dû néanmoins tenir compte du second, prendre des mesures restrictives et, de toute manière, le mouvement était entravé, peut-être anéanti. N'était-ce pas là ce que voulait le doyen ? 11 s'attira sur ce point, en particulier, une première réponse, dont M. A. de Staël, dans un écrit resté célèbre, a dit qu'elle parut victorieuse aux esprits impartiaux.

M. Duplessis Masset (plus tard Duplessis-Dutoit) lança dans le public sa Réponse d'un Vaudois à l'ouvrage de M. le doyen Curtat, etc. Il reproche vivement à ce dernier de s'être livré à

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des inculpations odieuses, en donnant de l'inquiétude au gouvernement par le fait qu'il représentait les conventicules comme servant de point d'appui à des menées étrangères qui n'existaient pas. M. Duplessis voyait dans cette tactique l'apparence d'un désir d'entraver la liberté de conscience par des efforts pour ébranler contre elle le bras séculier et provoquer une surveillance inquisitoriale sur ces réunions étrangères à la politique.

Ce que nous avons écrit nous-même plus haut sur l'œuvre des traités religieux dans notre canton, ainsi que sur les influences étrangères, sur l'influence anglaise en particulier, suffirait déjà à montrer tout ce qu'il y avait d'exagéré dans les inculpations auxquelles se livrait le doyen Gurtat.

La brochure sur X établissement des conventicules dans le canton de Vaud se divise en trois parties. Après avoir défini le mot de conventicule par assemblée hors des temples, dans des maisons particulières, pour y faire des actes de service religieux, définition à laquelle M. Duplessis oppose celle du Dictionnaire de l'Académie, M. Gurtat déclare ces conventicules illégaux, inutiles et dangereux.

Toute assemblée religieuse composée de personnes diverses, te nue en maison privée, est contraire à la loi de Dieu et aux lois des hommes. Telle est la première thèse du doyen. On croirait rêver, si, par un effort de la pensée, on ne se transportait dans le temps où de telles propositions pouvaient être avancées sans trop choquer le bon sens public. L'auteur trouve qu'il serait « souverainement illégal, contraire à toute convenance, que des hommes, des femmes, des jeunes gens des deux sexes, de jeunes lévites de vingt à vingt-trois ans, sortissent sur le soir pour aller dans un appartement particulier et en revenir de nuit close, sous prétexte de servir Dieu. » Voilà certes un argument qui, s'il ne soutient pas l'examen, a du moins fait fortune dans notre pays, et a eu l'honneur d'être réédité des milliers de fois, sans avoir cependant jamais rien gagné à ces rééditions successives.

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