‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 124 sur 243 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

C'est le doyen Gurtat qui l'a fourni à nos magistrats, lesquels, à leur tour, l'ont passé à notre peuple, non sans lui avoir donné préalablement tout le poids d'une sanction suprême. Au reste, le gouvernement vaudois de 1821 pouvait se montrer reconnaissant de la part que lui faisait M. Gurtat dans le maniement des affaires religieuses. Le magistrat, dit le doyen, a seul le droit d'établir des réunions religieuses sur la demande des pasteurs. L'église, humble servante, donnera son préavis; mais l'état décidera souverainementl Voilà bien la part du lion. Ego nominor leo, pouvait, après cela, s'écrier l'autorité vaudoise. M. Duplessis s'attacha particulièrement à réfuter cette théorie, et il prouva que « c'est en général ébranler et affaiblir la croyance que de renfermer le spirituel dans le temporel et les sentiments religieux et moraux dans les intérêts politiques. » Au fond, l'argument suprême du doyen contre les conventicules, le voici: « L'idée n'en vient pas de nous; nul étranger n'a le droit de former des établissements que les lois interdisent aux nationaux 1 »

En faisant ainsi appel à l'amour-propre national et à ce sentiment de défiance à l'égard des nouveautés qui caractérise notre peuple, l'auteur de la brochure que nous analysons savait bien que, dans l'esprit de beaucoup, il serait envisagé comme ayant gagné son procès. Mais nous avons vu à quoi se réduisait l'immixtion de l'élément étranger dans notre mouvement religieux et le peu de fondement d'une accusation semblable.

Les conventicules sont inutiles, dit en second lieu M. Curtat, et là-dessus il présente un tableau détaillé de l'organisation du culte public et de l'enseignement religieux dans le canton. « A côté et en dehors de cet ordre légal, demande-t-il, quelle peut

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être l'utilité de nouvelles assemblées religieuses? M. Duplessis répond à cette question en démontrant l'insuffisance des moyens d'instruction et d'édification envisagés par M. Curtat comme légaux et utiles, c'est-à-dire île culte public, domestique et solitaire, ainsi que le culte rendu à Dieu avec deux ou trois personnes de même état et de même rang, ainsi que le concédait le doyen. Celui-ci déclarait les conventicules inutiles, parce qu'ils ne seraient fréquentés que par des gens pieux et non par ceux qui en auraient le plus besoin. Nous savons, à l'heure qu'il est, ce que vaut cette accusation. A supposer qu'il n'y ait absolument que des gens pieux qui fréquentent des assemblées religieuses, encore ne seraient-elles pas inutiles, puisque ces gens-là en éprouveraient le besoin.

Cette partie de la brochure du doyen Curtat est curieuse par le jour qu'elle jette sur la manière dont un premier pasteur de Lausanne pouvait alors comprendre la vie et la morale chrétiennes. « Il se trouve, dit-il, de nombreux fidèles qui pensent pouvoir faire une partie de jeu après avoir adoré l'Eternel et sanctifié le jour du Seigneur. » Il est vrai, ajoute-t-il, qu'ils sont moins parfaits que ceux qui s'en abstiennent; cependant, « ils sont très chrétiens par leur foi et par leurs mœurs. » Quelle distinction subtile! Et là-dessus vient une accumulation de sophismes sur le jeu envisagé au point de vue chrétien et sur ce que, établir une réunion religieuse le dimanche soir, c'est condamner ceux qui emploient cette soirée à jouer aux cartes; ce dont on n'a pas le droit! Que dire d'un pareil raisonnement? Très naturel de la part d'un mondain, n'est-il pas au moins déplacé dans* la bouche d'un pasteur et d'un homme comme M. Curtat?

La conclusion de cette seconde partie de la brochure est bien digne de la thèse qui y est soutenue : « Les conventicules n'édifient ni ceux qui les instituent ou les provoquent, ni ceux qui les fréquentent, ni les excellents chrétiens qui les condamnent,

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