‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 125 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ni la multitude, ni les insubordonnés, ni les personnes mieux élevées qui n'ont pas la foi ; et par conséquent ils seraient aussi inutiles à l'édification générale de l'église que déplacés dans Péglise de ce canton * . »

C'est dans la troisième partie de sa brochure que M. Curtat s'est montré plus particulièrement violent et injuste. Les conventicules sont dangereux; ils provoquent des excès de dévotion illégale qui, à leur tour, deviennent la cause du dérangement d'esprit de très dignes chrétiens*. Encore une fois, M. Curtat était-il sérieux en écrivant des choses de cette force-là? Qui ne sourirait involontairement en entendant ce grave pasteur démontrer les dangers des réunions du soir, par la chute d'Eutyches à Troas ! (Act. XX, 9.) Il faut lire soi-même cela pour le croire. On est peiné, on est affligé à la pensée qu'un homme aussi respectable que le doyen Curtat, entraîné par la passion, se soit oublié au point d'imputer à des hommes qu'il appelle avec une sorte d'affectation des personnes très religieuses, très honorables, des projets coupables, des vues ambitieuses et déloyales. Il rend hommage au zèle de ces dignes chrétiens, afin, semble-t-il, de pouvoir mieux diriger contre eux des accusasations sévères et propres à les discréditer absolument dans l'opinion publique. M. Curtat représente les Anglais comme

1 De l'établissement des conventicules, pag. 75.

4 Lorsque la lutte religieuse eut commencé dans notre pays, il ne se tuait personne, à Genève, que la Gazette de Lausanne n'en insérât la nouvelle, en accusant l'exaltation religieuse d'être la cause du suicide. On pouvait lire dans cette feuille des articles comme celui-ci : « Genève, 10 octobre : La dame M., une de nos mômières les plus exaltées, s'est précipitée du haut de la maison où elle demeurait, dans la rue. Depuis quelque temps, nous sommes habitués à voir beaucoup de nosmômiers renfermés pour cause d'aliénation mentale, etc. »

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s'étanl abattus sur notre pays1, afin d'y fonder des sociétés dans une intention inconnue; à l'entendre, ils travaillent ce pays pour y former, sous divers prétextes, des sociétés religieuses qui soient comme des filiales de quelque secte particulière d'Angleterre 2. Et quelles preuves l'auteur présente-t-il à l'appui de ces accusations? En vérité, nous n'avons pas su en découvrir une seule dans tout le cours de ce long réquisitoire, car on ne saurait envisager comme un argument sérieux l'essai d'une démonstration mathématique, d'un théorème dont l'inconnue serait précisément les intentions secrètes des Anglais à l'égard de notre pays.

Si M. Gurtat s'efforce de rendre suspect le mouvement religieux qui venait d'éclater en le représentant comme une œuvre étrangère, il s'applique également à montrer que la doctrine traditionnelle de l'église vaudoise court des dangers non moins grands que cette église elle-même. Selon lui, les missionnaires anglais disent à des chrétiens : « Vous serez damnés si vous n'embrassez pas notre doctrine d'une régénération subite et surnaturelle 3. » Il accuse les partisans des conventicules, les régénérés, comme il s'exprime, de dire : « J'ai reçu la grâce il y a cinq ans, trois semaines, etc., etc., » et de prétendre que cette grâce opère un changement entier et universel. Il fonde cette accusation sur des citations empruntées à un traité intitulé : La foi fructifiante ; et, par un cas singulier, tous les extraits qu'il donne de cet écrit sont très évangéliques. M. Curtat paraît redouter extrêmement les conséquences de la doctrine de Yassurance du salut et de la permanence de la grâce, « doctrine, dit-il, qui donne la joie du salut sans travail, pour se donner le plaisir du péché sans remords l » M. Duplessis n'a pas de peine à signaler les nombreuses contradictions dans lesquelles l'auteur se laisse entraîner sur ce point, et il lui reproche de pré-

1 11 avoue cependant qu'ils sont en petit nombre. - De l 'établissement des conventicules, pag. 104. 3 De l'établissement, etc., pag. 156.

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