CHAPITRE III
vous embrassée ! Vous êtes devenu le soutien de l'incrédulité, de la mondanité, des profanateurs du dimanche et des contempteurs des saintes Ecritures M Vous avez été, sans dessein et, je l'espère, sans en prévoir les conséquences, le boute-feu de la persécution. C'est votre ouvrage qui l'a commencée, qui l'a continuée, et qui sait quand sa douloureuse influence aura cessé d'exister! »
Un pasteur âgé et respecté déclarait que s'il rencontrait M. Curtat en tête-à-tête, il lui dirait: Je vous demande compte, au nom du Seigneur, des âmes de mes paroissiens que vous m'avez ravies par vos écrits ! Cette parole revint aux oreilles du doyen qui s'en montra, assure-t-on, très irrité. N'aurait-il pas dû voir, dans des plaintes si justifiées par les faits, le cri de la conscience chrétienne, s'élevant contre la guerre qu'il venait de déclarer aux libres et légitimes manifestations du sentiment religieux?
11 n'est pas étonnant que les brochures sur les conventicules aient creusé entre le doyen Curtat et plusieurs de ses meilleurs amis un fossé profond et qui, malgré tous les efforts faits dans ce but, ne se combla jamais. Une conférence qui eut lieu, dans ce temps-là, entre Aug. Rochat, l'un des plus chers disciples du doyen, et ce maître si aimé lui-même par tous ses disciples , conférence qui dura toute une nuit, n'aboutit qu'à constater d'une manière très sensible que la rupture entre M. Curtat et ceux qu'il regardait déjà comme ses adversaires, avait pour cause essentielle des divergences de doctrine sur lesquelles il ne pouvait y avoir aucune entente possible 2. Sans doute, il y avait là une question de doctrine, mais il n'y avait pas rien que cela, à moins qu'on ne veuille admettre, ce que nous concéde-
1 Dans le village de Ferreyres, près La Sarraz, les municipaux, mécontents de leur régent qui était évangélique, firent acheter, en corps, la brochure de M. Curtat, et ensuite de cette lecture comme de celle d'une loi, ils délibérèrent le renvoi de leur régent, qu'ils obtinrent effectivement.
2 L. Burnier. Notice sur Rochat, pag. 79.
LITRE in.
rions très volontiers, que la doctrine implique la vie et que le dogme renferme la morale. Pour des hommes comme M. Curtat, le côté doctrinal du mouvement religieux qui s'annonçait devait avoir une importance capitale. Cependant, nous avons vu que le premier pasteur de Lausanne avait dirigé sa polémique sur bien d'autres questions et sur des points d'une nature toute pratique. Or c'est précisément ce côté pratique, ce côté moral des faits que saisirent avec empressement les gouvernants et les gouvernés, le pouvoir et le peuple, et sur lequel ils dirigèrent leur attention et leurs critiques. A cet égard, une lettre du ministre Vallouy, alors suffragant à Ballaigues, est très caractéristique. Citée par celui-là même auquel elle était adressée, M. L. Burnier, elle mérite de trouver place ici.
Ballaigues, 7 juin 1821.
Cher frère,
Pour en venir à ce que vous me dites sur le méthodisme, je crois que vous avez été mal informé des opinions des personnes à qui l'on donne ce nom. Je suppose que vous voulez parler principalement des jeunes ministres que Ton attaque maintenant de toutes parts, uniquement parce qu'ils disent que le christianisme est tombé dans notre pays, dans un état de sommeil et de mort, ce qui n'est que trop vrai. J'ai eu des entretiens avec quelques-unes des personnes signalées, et je n'ai tiré que de l'édification de leurs discours. Leur doctrine est conforme à l'Evangile; ils ne s'écartent en rien de notre confession de foi, et ce n'est, je crois, qu'en altérant leurs paroles que l'on peut les juger défavorablement. Je me suis convaincu par des preuves évidentes qu'ils ont été calomniés. Il est vrai qu'ils parlent avec une pleine hardiesse des choses qui regardent le royaume de Dieu, et cela déplaît aux hommes charnels qui veulent qu'on les laisse en paix dans leur assoupissement. Ils disent qu'un chrétien doit être un homme nouveau, qu'il ne doit plus vivre pour lui-même, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour lui, qu'il ne doit pas penser à ce qui lui est agréable ou fâcheux selon le monde, mais à ce qui peut avancer le règne de Christ, qu'il doit détruire l'homme terrestre et s'efforcer avec le secours de la grâce de Dieu, de devenir un homme spirituel. Cette doctrine me paraît entièrement conforme à l'Evangile, et je me regarderais comme abandonné de Dieu si je cherchais à la combattre-