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Oui, on a trouvé de nos jours le secret d'être chrétien par ses opinions, sans l'être par les sentiments et les dispositions du cœur. On croit les vérités du salut, on ne s'écarte pas de la saine doctrine, et en même temps on vit pour le monde ; on cherche son intérêt et non pas celui de Jésus-Christ; on pense plus à ce qui est avantageux ou nuisible selon la chair, qu'à ce qui est avantageux ou nuisible selon Dieu. Ce sont ces malheureuses dispositions que les personnes dont nous parlons cherchent à combattre. On dit qu'elles proscrivent les divertissements et les plaisirs du monde. Je ne crois pas qu'un vrai chrétien puisse les goûter et y trouver de la joie. Ce sont ces divertissements, ce sont ces plaisirs qui éloignent de la vie spirituelle, qui enivrent l'âme, qui l'habituent à s'occuper de futilités et de niaiseries, au lieu de penser à la vocation céleste qui nous a été adressée par le Sauveur. Mais on voudrait être chrétien et satisfaire en même temps les goûts et les inclinations de l'homme charnel, ce qui n'est pas possible, car on ne peut pas servir deux maîtres. Un homme convaincu de sa profonde misère, qui sent le prix infini de l'amour du Sauveur, qui s'attache de tout son cœur et de toute son âme à ce rédempteur charitable, pensera et parlera comme ceux de nos frères que l'on se plaît maintenant à tourner en dérision.
J'ai supposé que vous aviez été mal informé; c'est ce qui m'a engagé à m'étendre sur ce sujet, pensant que vous changeriez d'opinion quand vous auriez vu les choses sous leur vrai point de vue. Ces jeunes ministres ne sont, je vous assure, d'aucune secte: ils sont de celle de Jésus et de ses apôtres, et c'est pour cela que le monde les hait. Il a persécuté le chef et le consommateur de notre foi, il persécute aussi pour l'ordinaire ses disciples.
M. Burnier fait suivre cette lettre de ces judicieuses réflexions : « Avec son admirable lucidité d'esprit et avec sa profonde piété, Vallouy avait très bien vu que la question qui commençait à se débattre dans le canton de Vaud, était avant tout une question de morale ou de christianisme pratique. Pour dissimuler leur honte , les adversaires du réveil religieux s'attaquèrent d'abord à la doctrine des jeunes ministres, doctrine nouvelle, disait-on ; mais bientôt on sentit que la position était intenable. Alors on se rabattit sur les exigences de la discipline ecclésiastique et sur le crime de faire secte; mais au fond, ce dont il
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s'agissait, c'était de savoir si l'on peut être chrétien et vivre comme tout le monde \ »
A ce moment donc, il y avait bien certainement dans notre pays et au sein de l'église vaudoise encore compacte, deux doctrines en présence; mais il y avait surtout deux pratiques différentes du christianisme ; pratiques qui se comportaient l'une vis-à-vis de l'autre à peu près comme les deux termes de cette alternative: être chrétien ou ne l'être pas! Nous entendons par là que la question se posait de savoir si l'on pouvait continuer à s'appeler chrétien, en faisant du christianisme la sanction de ce que son esprit répudie sous le nom de monde et de plaisirs mondains, ou s'il ne fallait pas que la doctrine créât une vie à son image, une vie nouvelle et sainte? C'est ce que comprenait fort bien, pensons-nous, ce pasteur du canton qui, à propos des plaisirs mondains, disait que si l'Evangile interdisait la musique, il se ferait mahométan! C'est ce que ne comprirent pas moins bien, mais, grâces à Dieu, d'une tout autre manière, les hommes pieux qui se montraient déjà en nombre toujours plus considérable parmi nous, et qui, mis en demeure d'opter entre l'orthodoxisme somnolent et facile du passé et un christianisme vivant et pratique, n'hésitèrent plus et relevèrent le gant que leur avait jeté M. Curtat, soit dans ses brochures, soit dans la conférence où il disait à Auguste Rochat qu'il y avait guerre, sans trêve possible, entre lui et ceux qui ne partageaient pas ses convictions'2. « Alors, dit très bien M. Burnier, les disciples du Sauveur, laïques et ministres, parurent sentir unanimement les devoirs
4 L. Burnier. Notice sur Hochât, pag. 71 et 72. * Idem, pag. 79.