‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 144 sur 243 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

trine reçue par la Suisse réformée, telle qu'elle est exposée dans la confession helvétique.

» Du moment que vous devenez un sectaire, vous vous séparez de l'église nationale, et non-seulement vous manquez à vos promesses, mais vous dénaturez les principes que vous étiez chargé de défendre ; vous introduisez le schisme, la désunion et le scandale au milieu de cette même église, où vous deviez maintenir la paix et l'unité d'une même foi et d'un même culte. Or, nos institutions religieuses vous fournissent assez de moyens pour travailler à l'établissement du règne de Dieu, sans en chercher d'autres qui sont illicites et qui vont à fin contraire.

» Réfléchissez bien à cela, mon cher frère, afin que désormais vous ne vous mettiez plus dans le cas d'être rappelé à l'ordre. Je ne doute point de la droiture de vos intentions, et que vous n'ayez agi par un zèle dont le principe est louable; mais souvenez-vous encore que le zèle, comme toute autre vertu, a besoin d'être éclairé par la saine raison, et dirigé par la prudence, et que s'il s'abandonne aux exagérations d'un esprit exalté, il peut tomber dans les écarts les plus condamnables.

« Je vous exhorte donc, monsieur et cher frère, à tenir une conduite plus mesurée pour l'avantage de votre ministère et le bien du troupeau confié à vos soins. Veuillez aussi agréer l'assurance de mes sentiments distingués et fraternels.

« Le doyen de la classe : (Signé) Boiceau, pasteur. »

A cette lettre qui constatait si franchement la toute-puissance du gouvernement civil dans l'église comme dans l'état, Juvet répondit quelques jours après (27 mars 1822) de la manière à la fois la plus ferme et la plus modérée. Il déclarait que les accusations dirigées contre lui ne le regardaient point, qu'il ne se permettait aucune innovation contraire aux (ormes ordinaires du culte. Un dimanche seulement, il avait suspendu l'ordre établi, en faisant, dès la chaire, lecture de quelques chapitres des actes du synode de Berne. Gela, dit-il, l'avait fait considérer comme attaché à une secte. Depuis l'apparition de la brochure sur les conventicules, plusieurs de ses paroissiens ne l'avaient écouté qu'avec prévention. « Cet ouvrage pernicieux, — ainsi s'exprime Juvet, — a été accepté avec plaisir, comme insinuant le relâchement des mœurs et mettant à Yindex ceux qui prêchent l'amendement

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de la vie. » Forcé de s'expliquer devant ses paroissiens, il l'a donc fait en montrant la conformité de sa doctrine avec les livres symboliques de l'église. De là, l'irritation de ceux qui auraient voulu dormir dans leurs péchés, et leur désir de vengeance. En terminant, Juvet déclare ne pas savoir quels sont les livres prétendus religieux, qu'on l'accuse de répandre dans sa paroisse, car il n'a permis que de saines lectures1.

Depuis cette époque, l'opposition à l'évangile alla toujours en croissant à l'Isle, mais sans se montrer encore bien ouvertement. Nous verrons bientôt à quel degré de violence elle devait arriver un jour.

A Orbe, des faits tout semblables à plusieurs de ceux que nous venons de rapporter, se produisaient également sous l'empire

1 Le lendemain du jour où Juvet écrivait sa lettre au doyen de la classe de Morges, celui-ci, organe de la classe, en adressait une au conseil d'état. Elle est caractéristique. M. le doyen exprime la douleur qu'éprouvent les pasteurs de la classe de Morges « à la vue des tentatives et des menées qui ont lieu dans quelques paroisses pour y introduire un genre de piété, sombre, dur, orgueilleux, exclusif, qui cherche à faire schisme, à diriger notre église nationale, à décréditer notre culte, en le faisant envisager comme insuffisant pour la prédication de l'évangile, afin de lui en associer un autre de pure fantaisie qui, loin d'être propre à glorifier Dieu, à éclairer et à sanctifier le cœur humain, n'a que le déplorable mérite d'élever autel contre autel, de produire une exaltation dangereuse dans les esprits faibles, de mettre la discorde, le trouble et le scandale à la place de l'esprit d'union, de charité et de fraternité chrétiennes, que l'esprit de notre croyance et de notre culte évangélique avait si heureusement établi parmi nous, depuis l'époque de notre réformation. » La classe de Morges désavouait un zèle mal entendu; elle hlàmait les suffragants qui, pleins de leur propre mérite voulaient de nouveau réformer l'église, mais elle comptait sur la vigilance du gouvernement pour prévenir le mal que ferait la secte et offrait son concours à l'autorité civile. (Registre de la classe de Morges et Nyon.) Dans sa séance du 21 mai 1822, le colloque de Nyon entendit une proposition relative aux innovations qui se remarquent dans la célébration du culte et au service divin. Il s'agissait de porter l'affaire en classe et île voir s'il n'y aurait pas à signaler ces faits au conseil d'état afin qu'il connaisse la direction qu'on cherche à donner parmi nous à l'esprit religieux. (Actes du colloque de Nyon.)

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