‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 145 sur 243 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

des préjugés contre la piété et de la haine du cœur naturel contre l'évangile. M. Marc Fivaz, suffragant dans cette paroisse dès le mois d'août 1816, avait été, comme il nous l'apprend luimême dans des mémoires inédits, converti dans l'hiver de 1820. Homme d'esprit, bon orateur, il avait été jusqu'alors l'objet de la considération et même de l'affection générale. Quelques jours après sa conversion, il prêcha avec une grande force sur la repenlance. Beaucoup de ses auditeurs furent humiliés et repris dans leur conscience ; d'autres, en revanche, sortirent du temple en faisant entendre des paroles de blâme et d'irritation : « Pour qui nous prend-il? disait-on, sommes-nous des coquins? Il appartient bien à un jeune homme de parler de cette manière, etc. î ! » Cependant, après ce premier moment d'irritation, les choses reprirent un cours plus calme et, jusqu'en 1822, M. Fivaz put exercer son ministère assez librement et paisiblement. C'est alors qu'un fonctionnaire, un greffier, M. M. qui, jusqu'alors, s'était, en apparence du moins, montré favorable au jeune pasteur, provoqua le premier mouvement de persécution, en excitant contre Fivaz, le constituant de celui-ci. Le prétexte, saisi par le greffier, était une brochure intitulée: de la lecture de la Bible1, envoyée par la société biblique de Lausanne et que M. Fivaz avait distribuée dans la paroisse. Il s'ensuivit un jour, sur la place publique d'Orbe, une scène violente; le pasteur M*** apostropha brutalement son suffragant: Ce sont de ces nouveaux livres des momiers ; de ces ouvrages ininlelli giblest disait-il, en faisant allusion aux traités religieux envoyés en tous lieux par le canal de la société biblique. Dans sa colère, le pasteur s'oublia au point de s'écrier: « On devrait brûler tous les mômiersî » Les adversaires de Fivaz, est-il besoin de le dire , s'appuyaient de l'autorité du doyen Curtat dont ils citaient à l'envi les brochures contre les conventicules.

1 Brochure de 33 pages in-8°, ne renfermant que d'excellents conseils donnés dans un esprit tout évangélique.

246 livre m.

A Pâques de cette année 4822, le même greffier que nous avons vu se faire l'instigateur des persécutions contre la franche et libre prédication de l'Evangile, écrivit à M. Fivaz de ne plus répandre de brochures, qu'autrement il lui arriverait du mal. Quelques conversions s'étant opérées, l'irritation alla en augmentant, et un jour on trouva dans la rue des billets incendiaires qui déclaraient que si, dans quinze jours, Fivaz était encore ministre à Orbe, on mettrait le feu aux quatre coins de la ville! On le voit, c'étaient absolument les mêmes menaces, les mêmes procédés qu'à Aubonne! L'inimitié contre l'Evangile et les gens pieux se montre toujours et partout la même î Comme il est facile de le comprendre, la rumeur fut grande à Orbe, et l'agitation des esprits poussée au plus haut point. Néanmoins, M. Fivaz demeura ferme à son poste, bien que plusieurs ne voulussent plus venir au temple le dimanche matin, de peur de l'y entendre prêcher. On s'irritait à l'ouïe d'une prédication qui proclamait hardiment les doctrines vitales de l'Evangile, trop longtemps sacrifiées à une pâle et froide dogmatique et à une morale sans saveur comme sans action sur la vie. Dans un cercle où le greffier tenait le haut bout, les plus grands blasphèmes étaient ouvertement proférés, en même temps que des calomnies aussi grossières que ridicules étaient débitées avec passion. On regardait Fivaz et les quelques personnes réveillées du troupeau, comme une peste publique, comme des hypocrites poussés par l'orgueil , l'amour de l'argent et une influence politique étrangère!! Chez les gens comme il faut, l'incrédulité revêtait des formes plus polies, mais l'irritation était la même. Comme les prédications de Fivaz menaçaient leurs sociétés du dimanche, leurs bals, leurs soupers, leurs coteries, leur vanité, leur luxe, leur orgueil, leur mépris des petits et leur propre justice, les gens du monde supportaient impatiemment le prédicateur. Ils tournaient en dérision les quelques personnes qui témoignaient de vrais besoins religieux et se raillaient de la doctrine de la jus-

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