CHAPITRE V
tification gratuite par le sang de Christ. Ces discours et ces calomnies étaient si publics et si réitérés, que l'on pouvait prévoir que, dans un avenir peu éloigné, il y aurait quelque manifestation plus hostile que les précédentes l.
Henri-Gabriel Dupraz* avait été, en juillet 1818, consacré au saint ministère par l'académie de Lausanne et immédiatement placé à Begnins en qualité de suffragant du pasteur Leresche. ïl s'acquitta de ses fonctions d'une manière telle, qu'en 1821,
1 Une lettre écrite à cette époque (29 juillet 1822) par M. Marc Fivaz à M. de Trey, son oncle, membre du conseil d'état, jette du jour sur l'état des esprits et sur les accusations dirigées contre ce qu'on appelait les nouvelles doctrines. « Les bruits qui agitent notre canton, disait M. Fivaz, sont fondés sur l'ignorance de la Bible ou l'endurcissement du cœur. » On prétendait que la doctrine du salut par la foi favorisait le crime. On abusait, en le défigurant, du principe que l'on n'a qu'à croire pour être sauvé.... « Quelques personnes peu entendues dans les choses saintes, ont mal compris l'ensemble de cette doctrine pourtant si simple ; elles ont crié haro, et c'est sur de tels propos répétés de toutes parts que l'on a jugé de la prétendue nouvelle doctrine.... » « Si la doctrine du salut par la foi favorise le péché, voit-on cependant que ceux qui la croyent se conduisent mal; voit-on ces jeunes ministres aller à la chasse, jouer, boire, danser, commettre des impuretés, négliger leurs fonctions, abandonner les écoles, les malades et les pauvres, profaner le saint jour du dimanche; les voit-on tenir des propos lestes, savoir mieux le langage du monde que celui de leur Bible, les voit-on de toutes les parties de plaisir; leurs familles sont-elles négligées?.... Tout ceci ne repose ni sur les opinions de Malan ou des méthodistes anylais, comme on le prétend, mais sur la Bible.... » « Quant à l'enthousiasme, ajoute Fivaz, je ne crois point éprouver cet état voisin de la fièvre, car mon imagination s'est plutôt calmée qu'excitée.... Je ne l'ai encore rencontré che%> aucun de ceux qu'on accuse. »
* H. -G. Dupraz, bourgeois de Vevey et Blonay, né le 6 novembre 1794, mort, pasteur à Nyon, en mars 1837. Au moment où Dupraz se disposait à continuer ses études au collège de Lausanne (mai 1807), la municipalité de Vevey lui délivra un certificat portant qu'il s'était toujours bien conduit sous tous les rapports et qu'il avait mérité, par son application, l'estime des instituteurs sous lesquels il avait étudié dans le collège.
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ayant requis de la municipalité de Begnins un certificat qui lui était nécessaire, la dite municipalité déclara que M. Dupraz avait exercé le ministère dans cette paroisse d'une manière exemplaire. « En foi de quoi, ajoutait-elle, le présent acte de vérité lui a été expédié, non pas avec plaisir, mais dans la crainte qu'il ne contribue à priver cette commune et son église d'un homme recommandable sous tous les rapports, et auquel tous les citoyens sont sincèrement attachés. (5 mai 1821 .) Dans le même moment, la municipalité de Luins (annexe de Begnins) délivrait à Dupraz un certificat également honorable. On l'appelait un « vrai et bon ministre. » « S'il venait à nous quitter, disait l'acte officiel, jamais aucun pasteur ne serait autant regretté. » Le juge de paix donnait son entière approbation aux témoignages rendus à Dupraz par les deux municipalités ci-dessus nommées. A la vérité, cela n'empêcha pas que l'année suivante le suffragant de Begnins ne fût dénoncé à l'académie par son constituant, pour un sermon prêché le jour de la Pentecôte, sur Zacharie XII, 10. Le sermon, demandé à son auteur par l'académie, ayant été lu et examiné par elle, fut improuvé à l'unanimité comme contenant des erreurs, des contradictions, des choses exagérées et plus ou moins dangereuses, et des incorrections. L'académie voyait avec douleur que Dupraz était loin de répondre à ce qu'elle espérait de lui au sortir des auditoires; qu'il négligeait l'étude; qu'il ne prenait ni le temps ni la peine de réfléchir avant de composer. « Un esprit d'exagération, disaitelle à Dupraz, vous éloigne de ce qui est vrai, de ce qui est beau, de ce qui est bon, et vous entraîne à des déclamations qui ne peuvent produire qu'un mauvais effet. » En conséquence, l'académie exhorte Dupraz à prêcher la saine doctrine, à déférer aux avis de son constituant. Elle le prévient aussi que s'il continue dans cette voie , « elle prendra d'autres mesures , attendu qu'elle ne saurait souffrir que vous répandiez l'erreur et le trouble là où vous ne devez répandre que la^érité et la paix. &