CHAPITRE V
La doctrine et la conduite de Dupraz devaient faire l'objet d'un rapport de la classe. En attendant, il était placé sous la surveillance spéciale de son constituant1.
Dupraz demanda à l'académie qu'elle voulût bien lui dire quelles étaient ces erreurs, ces choses dangereuses et exagérées, ces contradictions qu'il devait avoir prêchées? Quant aux défectuosités littéraires de son sermon, il les reconnaissait pleinement. L'académie répondit sèchement qu'elle n'avait pas fait de remarques sans examen et sans raison suffisante. Dupraz aurait pu s'en apercevoir aussi bien que de ses fautes de style. Cependant, s'il a besoin d'explications et surtout s'il est disposé à en profiter, l'académie lui annonce qu'il en recevra de M. le professeur Leresche et de M. le pasteur Ricou. Là-dessus viennent les salutations paternelles de l'académie, représentée ici par le recteur Gilliéron et le secrétaire A. Gurtat. (30 août.)
Tout ceci, pour Dupraz, n'était encore que le commencement des douleurs. Son ministère devait être fréquemment et rudement entravé par les tracasseries et par la haine que les préventions contre l'Evangile allaient semer sur les pas de ce fidèle ministre de Jésus-Christ. Que de fois ne fut-il pas, sous un prétexte ou sous un autre, débouté des demandes qu'il adressait à la classe pour être pourvu de quelque modeste place de suffragant? C'est ainsi qu'il se vit refuser successivement les postes de Colombier, Huémoz, Lucens. Il est vrai qu'il avait dans le sein de l'académie un adversaire tout-puissant, le doyen Curtat, qui lui déclara franchement un jour qu'aussi longtemps que lui, Curtat, siégerait à l'académie, Dupraz n'obtiendrait aucun poste, à cause de ses opinions bien connues.
* Procès- verbaux de l'académie^ 15 et 30 juillet 1822.
Dupraz avait à Vufflens-la-Ville un ami qui lui était bien cher, c'était le suffragant R. Mellet, homme pieux, zélé et que l'on a pu appeler une concordance vivante, tant il possédait à fond les Ecritures. Mellet exerçait à Vufîlens un ministère béni. Deux lettres de Dupraz lui-même, adressées de Begnins aux paroissiens de son ami, lettres empreintes du plus pur esprit évangélique, de tout le zèle de la foi et de l'amour chrétien, rendraient au besoin un précieux témoignage au réveil qui s'opérait à Vufîlens , non moins qu'à la piété et à l'ardeur des deux jeunes ministres de Christ. Mais là où le souffle de l'Esprit commence à se faire sentir et à vivifier les os secs, là aussi le diable fait son œuvre et défend son royaume. Le réveil excita des colères qui éclatèrent tout d'abord dans les accusations habituelles, bientôt suivies de bruit, de cris et de charivaris donnés au pasteur Mellet, lequel dut s'enfuir un jour de chez lui en sautant par une fenêtre. Chose singulière! Rod. Mellet qui était plein décourage dans sa prédication et d'une fidèle hardiesse dans la repréhension particulière du mal, se montrait timide et craintif devant des manifestations publiques et soumis à l'excès aux ordres arbitraires du pouvoir civil ! On a cru pouvoir lui reprocher de montrer de la faiblesse, de l'hésitation, là où il aurait fallu déployer de l'énergie et de la décision. Dans certaines circonstances graves, il a pu, il est vrai, manquer de jugemeût, de netteté dans les idées ; on ne lui reprochera du moins jamais d'avoir manqué de piété, de zèle et de charité. Il était l'homme de la paroisse, et, dans les débats ecclésiastiques, il n'a jamais vu qu'elle. Ceci pourrait servir à expliquer la position qu'il crut devoir prendre dans la crise amenée par la révolution de