CHAPITRE V
L'académie, instruite des désordres dont Vufflens-la-Ville avait été le théâtre, décida (juillet 4852), que le sufïragant Rod. Mellet « ne pouvait continuer à exercer son ministère avec succès dans cette paroisse, » et qu'en conséquence il la quitterait. Mellet fut donc transféré à la suffragance de Lucens.
Il est assez curieux de voir comment l'académie et les classes elles-mêmes se comportaient dans les circonstances que nous venons de rappeler et, en général, vis-à-vis des jeunes ministres, des impositionnaires qui participaient au mouvement religieux, et des étudiants qui semblaient en subir l'influence.
L'académie, dominée et influencée par le doyen Curtat, toute imbue de préjugés et de préventions contre ce qui lui paraissait être des nouveautés condamnables, animée de l'esprit de corps le plus étroit et le plus autoritaire, l'académie, disons-nous, avait la main très rude pour les jeunes ministres qui lui étaient signalés par de vieux pasteurs ou par le gouvernement comme partisans du mouvement religieux. Nous avons pu nous en convaincre par ce que nous savons déjà de la conduite de ce corps à l'égard de MM. Chavannes et Dupraz. Les procès-verbaux de 1822 et 1823 sont tout remplis d'exhortations et de menaces à l'adresse des suffragants ou des étudiants pieux dont le zèle paraît à l'académie dépasser les bornes convenables et compromettre la douce quiétude que l'on décorait du nom de paix de l'église.
Dans un examen de mœurs des candidats au saint ministère, l'académie, tout en rendant justice à la parfaite conduite d'un M. Cruchaad, observait néanmoins « que ce proposant paraissait avoir soutenu des relations particulières avec de jeunes ministres qui, par l'excès de leur zèle et par des imprudences
très fâcheuses, donnaient de vives inquiétudes ; » qu'en outre, il était l'un des distributeurs des petits traités qu'il avait été enjoint aux étudiants de ne pas répandre avant qu'ils eussent été vus et admis par l'académie. M. Cruchaud, interpellé, ayant reconnu fondé le double fait de ses distributions de traités et de ses relations avec MM. Rod. Mellet, Olivier, DumontetChavannes, « l'académie, considérant qu'il importait beaucoup dans les circonstances actuelles, qu'elle fût parfaitement sûre des dispositions de sagesse et de prudence des jeunes gens auxquels elle pouvait accorder l'imposition des mains, trouva que M. C. avait besoin d'acquérir encore cette prudence. » En conséquence, ce proposant ne fut pas admis aux examens de cette année-là. Les étudiants de première volée regrettant de voir leur condisciple éloigné d'eux, demandèrent qu'il pût subir les examens de consécration. M. Cruchaud lui-même, dont la position de fortune était très modeste, ayant promis de se soumettre à toutes les directions que l'académie lui imposerait, celle-ci se désista de sa première décision, mais en se réservant de voir où M. Cruchaud pourrait le mieux être placé. (13 et 18 juin 1822:)
Cette même année, un jeune étudiant, M. Ch. Recordon, chez lequel l'académie avait pris la peine de remarquer certains défauts d'organe, ne fut point promu en théologie. Le vrai motif de cette rigueur ne se trouvait cependant pas tant dans les « défauts d'organe, » comme dans le fait que M. Recordon « passait pour être très attaché à ces idées particulières qui occasionnent du trouble et les désordres et que l'on cherche à répandre par divers moyens; entre autres en distribuant de petits traités, fournis par des étrangers, distribution à laquelle M. Ch. Recordon s'est prêté l. »
Des faits tout semblables se reproduisent à maintes reprises
1 Procès-verbaux de l'académie, 25 juillet.