CHAPITRE VI
Les réunions religieuses de Saint-Loup, près La Sarrau. — Désordres, irritation. — Alex. Chavannes rayé du rôle des ministres. — Manifestations hostiles à Ylsle. — H. Juvet et le catéchisme d'Osterwald. — Juvet rayé du rôle des ministres. — De l'emploi des mesures coercitives en matière religieuse.
M. Alex. Chavannes, privé de sa suffragance d'Aubonne, supplia l'académie de lui en assigner une autre. Débouté de sa demande pour la raison que « ses démarches n'avaient point rassuré sur ses dispositions et sur sa conduite ecclésiastique, » cet impositionnaire, qui n'avait plus même un logement à Aubonne, profitant d'une indisposition d'un membre de sa famille, se rendit alors aux bains de Saint-Loup , desservis par les parents d'Henri Juvet. C'était au mois de juillet. De temps à autre, cependant, Chavannes visitait ses amis d'Aubonne; il les réunissait en petit nombre, un jour sur semaine, et il consacrait la soirée de ce jour à une méditation familière de la parole de Dieu. Il croyait pouvoir faire cela sans crainte, bien qu'avec prudence, et il ne pensait pas qu'un acte aussi innocent dût paraître dangereux à l'autorité ecclésiastique. Il se trompait. Bien qu'il n'y eût eu aucune manifestation populaire, une plainte fut néanmoins adressée au conseil d'état, et, le 23 octobre, M. Chavannes apprit qu'il était suspendu de toute fonction ecclésiastique pour deux ans. Le conseil d'état avait réduit à ce chiffre la suspension proposée pour quatre ans par l'académie. (10 sep-
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tembre.) Inutile de réclamer. Il n'y a point de loi pour les sectaires, disait on l.
Dans la brochure qu'il publia au commencement de 1823, et dont nous avons donné plus haut !e titre complet, 'M. Chavannes rendait compte de ce qui le concernait, jusqu'au moment où il venait d'être suspendu. Il revendiquait pour lui le droit de recevoir dans sa demeure ceux qui se présentaient pour s'entretenir du salut, aussi bien que le droit détenir des réunions religieuses à Saint-Loup, où il se trouvait présentement. En ce qui concernait ces réunions, le conseil d'état n'avait fait qu'une seule défense à M. Chavannes, savoir pour Aubonne et même uniquement pour les réunions de nuit. Il s'y était soumis, mais il n'avait pas envisagé cette défense comme s'étendant à toute sa vie et le privant de ses droits de ministre2. Aussi M. Chavannes ne tarda-t-il pas à tenir à Saint-Loup des assemblées, composées de tous ceux qui désiraient y prendre part. « Ces assemblées furent, comme à Aubonne, l'objet de la malveillance. Le dimanche 2 mars 4823, entre autres, fut signalé par les voies de fait les plus offensives. M Chavannes avait eu une assemblée de quatre à six heures de l'après-midi. Plusieurs hommes vinrent attendre à quelque distance de la maison ceux qui en sortaient, et les assaillirent de pierres en les poursuivant jusqu'à La Sarraz. Le soir du même jour, de neuf heures à minuit, il y eut grand bruit dans ce bourg : charivaris, blasphèmes, menaces, pierres jetées contre les fenêtres des gens pieux, dont quelques-unes faillirent causer beaucoup de dommages dans les chambres. Le guet, qui chercha à disperser les assaillants, fut blessé; les autorités locales, bien loin de réprimer ces désordres, adressèrent même à l'autorité supérieure des plaintes contre M. Chavannes. L'académie, informée, invita le ministre accusé à comparaître devant elle, et le doyen Jaques, de La Sarraz,
1 Chavannes, Récit des faits, 54.
* Recueil des pièces officielles, etc.