CHAPITRE VI
Art. 2. Il est défendu au dit M. Chavannes d'exercer aucune fonction ecclésiastique dans le canton.
Art. 3. Le présent arrêté sera notifié à M. Jean-David-Alexandre Chavannes par le lieutenant du conseil d'état. Il sera de plus communiqué à messieurs les doyens des cinq classes et transmis à l'académie, chargée de pourvoir à l'exécution de l'art. 1er.
Donné à Lausanne, le 10 avril 1823.
Le landammann en charge, J. Muret.
Le chancelier, Boisot.
Le Recueil des pièces officielles fait remarquer que la publication de la brochure de M. Chavannes ne pouvait prêter matière à un considérant; que, sur ce point, le conseil d'état n'avait tenu aucun compte de la loi en vigueur sur la liberté de la presse, et que si M. Chavannes était estimé coupable du fait de la brochure, c'est par le ministère des tribunaux qu'il aurait dû être recherché. Les considérants de l'arrêté sont réduits ici à leur juste valeur et, relativement au dernier en particulier, M. Chavannes affirmait que sa doctrine était celle de l'Evangile, de la confession de foi helvétique et des autres confessions de foi des églises réformées de l'Europe; qu'ainsi il était fidèle à la constitution qui reconnaissait la religion évangélique réformée pour religion de l'état.
L'acte de radiation de M. Chavannes fut aussitôt communiqué, avec les motifs à l'appui, à l'académie et aux doyens des quatre classes du canton.
Comme on pouvait s'y attendre, cette décision du pouvoir ne devait point calmer les passions surexcitées de la multitude. « Les autorités locales, le peuple et les ecclésiastiques de La Sarraz s'acharnant toujours plus contre les chrétiens et contre M. Chavannes en particulier; les charivaris se multipliant et devenant plus nombreux (les communes voisines s'y joignaient),
260 livre m.
le gouvernement se vit obligé, pour prévenir des massacres, d'envoyer des gendarmes à Saint-Loup1. » Voici, à ce propos, comment un journal vaudois de l'époque, Y Ami de la vérité, rendait compte des faits qui venaient de se passer.
Lausanne, le 19 avril 1823.
M. de Camarès, commandant la gendarmerie, est parti ce matin avec un détachement pour La Sarraz. La tranquillité publique a été troublée à Saint-Loup, ensuite de scandale occasionné par quelques mystiques, bien plus ridicules dans leurs folies que dangereux par leurs talents, et dont le fanatisme ne devrait inspirer que la pitié s'il ne masquait pas toujours l'orgueil, la passion, très souvent même les vues d'intérêt les plus coupables et pour lesquelles on abuse indignement de la crédulité du peuple. MM. les ministres Chavannes et Juvet sont destitués. — Signé : Bégoz R.
Et voilà comme on écrit l'histoire et comment les idées les plus fausses ont été, dès l'origine du mouvement religieux, perfidement répandues parmi notre peuple, qu'elles ont privé de sa liberté de jugement 1
Malgré les gendarmes de M. de Camarès, les meneurs de La Sarraz ayant déclaré qu'ils ne cesseraient pas que M. Chavannes n'eût quité Saint-Loup, celui-ci se décida à s'établir à Lausanne où il arriva effectivement le 28 avril, et où se formèrent peu à peu des assemblées de même nature qu'à Aubonne et à Saint-Loup. Chaque dimanche même elles devenaient plus nombreuses. Nous verrons plus tard ce qui s'en suivit. Revenons maintenant à M. Juvet, que nous avons laissé poursuivant à L'Isle un ministère entravé par l'opposition d'une grande partie de ses paroissiens et par les mesures du gouvernement et des autorités ecclésiastiques. Cependant, ce ne fut guère qu'après la première manifestation du mauvais vouloir que l'hostilité contre Juvet revêtit un caractère d'excessive violence.
1 Recueil des pièces officielles.