‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 153 sur 243 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Comme nous l'avons dit, Juvet avait été compromis par l'interrogatoire d'Alex. Chavannes. « Les désordres de La Sarraz, non encore réprimés, encouragèrent les habitants de L'Isle. Les nombreux incrédules se déclarèrent ouvertement contre les chrétiens, les insultèrent, les menacèrent, firent aussi des charivaris, jetèrent des pierres, cherchèrent à accabler des fidèles, prononcèrent dans toutes les occasions des paroles blasphématoires 1. » Un matin même, M. Juvet trouva, dans le jardin de la cure de L'Isle, un poteau en forme de croix, sur lequel les ennemis de l'Evangile avaient cloué un dessin représentant un porc. Au-dessus, on lisait ces mots : Un mômier en [orme de cochon; ceux qui voudront être de sa secte peuvent s'adresser au minisire Juvet, qui paiera bien. Et au-dessous : Ils ont le diable ces gens- là, de pouvoir ainsi changer de figure. Cet acte inqualw fiable fit beaucoup de mal dans la paroisse et y donna naissance à de graves calomnies et à des désordres. Lorsque M. Juvet montra le dessin du porc de L'Isle à l'académie, celle-ci ne put s'empêcher d'être vivement indignée de cette œuvre de Satan. Cela aurait dû, semble-t il, l'éclairer sur l'état déplorable delà paroisse et lui inspirer plus de douceur et de tolérance envers Juvet.

Menacés et assaillis de la sorte, les fidèles des paroisses de L'Isle et de Cuarnens adressèrent, en date du 27 mai 1823, au conseil d'état, une pétition dans laquelle ils revendiquaient pour eux la garantie des lois. De toutes parts on s'élevait contre eux ; « sur divers points du canton, disaient-ils, où nous avons des frères en la foi, la même opposition se fait sentir; des voies de

1 Recueil des pièces officielles.

262 livre ni.

fait s'y sont reproduites publiquement. » Les pétitionnaires déclarent que ce n'est point pour être déchargés de l'opprobre de Christ qu'ils s'adressent au conseil d'état, mais parce qu'on profère contre eux des propos homicides, qu'on annonce des agressions prochaines. Les autorités locales ne feront rien pour empêcher le mal ; cependant, les pétitionnaires appartiennent à l'église nationale, et la confession helvétique est V expression de leurs sentiments. (C'est nous qui soulignons.) Ils témoignent, en terminant, de tout leur respect et de tout leur amour pour les magistrats. Cette pétition est signée de quinze noms d'hommes et de femmes, en tête desquels on lit celui d'Henri Juvet. Est-il besoin de dire qu'elle demeura sans résultat; on n'y répondit même pas. Il est vrai que, dans le même temps, il s'était produit une circonstance fort aggravante pour la situation de Juvet visà-vis d'une paroisse qui lui était déjà si hostile.

Un jour que, selon les devoirs de sa charge, Juvet visitait l'école de L'Isle, il entra au moment où l'on traitait la question des œuvres indifférentes. Le jeune suffragant se mit alors à démontrer aux enfants combien cette idée était erronée. Il ajouta que dans le catéchisme d'Ostervald tout n'était pas conforme à la Parole de Dieu. Le régent ayant cru pouvoir se permettre de contredire le pasteur en pleine école et devant les élèves, Juvet, emporté par la vivacité naturelle de son caractère, et sachant que toute erreur vient du diable, déclara que le catéchisme d'Osterwald était Youvrage de Satan! Parole imprudente, assurément, et dont, tout naturellement, on devait tirer immédiatement et pendant longtemps encore des conclusions exagérées 1 Parole au-dessus de la portée des écoliers, et qui, ne pouvant qu'être mal comprise, devait, par cela même, être tenue pour un blas-

Page 1