CHAPITRE VI
pbème. Le bruit s'en répandit aussitôt, accompagné de tous les commentaires malveillants qui ne manquent jamais en pareils cas 1 Le régent de L'Isle, qui s'élevait devant son école contre les enseignements de la Parole de Dieu, qui tournait en ridicule et traitait durement des enfants bien disposés, le régent de L'Isle, disons-nous, de concert avec le syndic de la commune, porta plainte contre Juvet au conseil académique.
Le conseil académique, par lettre datée du 27 mai, demanda à Juvet des explications sur les paroles qu'on lui attribuait comme ayant été tenues par lui dans l'école de L'Isle. Dans sa réponse (31 mars), Juvet reconnut le bien fondé de l'accusation dirigée contre lui, avec cette réserve toutefois, qu'il n'avait pas dit que * le régent commettait une œuvre funeste en enseignant d'après le catéchisme d'Osterwald , » mais bien « en ce qu'il enseignait de manière à détourner ses élèves des choses de Dieu et de la piété. » Au surplus, il déclarait ce régent peu apte à conduire son école.
Invité par lettre du recteur (28 mars) à se présenter le mardi 1er avril devant l'académie, Juvet répond d'abord (31 mars) que « le recteur n'est pas autorisé à le faire paraître devant lui jusqu'à ce que le conseil d'état lui en ait transmis le pouvoir. » Il commettait ici une erreur dans laquelle, nous le savons, Alex. Chavannes allait, quelques jours après, tomber à son tour. Le recteur essaya de le lui faire comprendre, et, du reste, Juvet ayant reçu du gouvernement l'ordre de paraître devant l'académie, se conforma à cet ordre le 8 avril. Interrogé par le recteur, M. Gilliéron, il exposa ce qui s'était passé à l'école de L'Isle et justifia ses critiques du catéchisme en usage. Alors l'académie considérant : l°Les accusations graves et fausses que M. Juvet portait contre le catéchisme de M. Osterwald alors en usage ; 2° le fâcheux effet que cela produisait sur l'instruction religieuse qu'il donnait aux enfants de la paroisse ; 3° la manière dont cet impositionnaire s'était conduit envers l'académie et ses supérieurs ,
264 livre m.
qu'il aurait pu et dû consulter dans cette affaire; l'académie, disons-nous, trouva que le ministère de M. Juvet ne pouvait être utile tant qu'il conserverait ses sentiments particuliers et sa manière d'agir, et elle proposa, en conséquence, qu'il fût suspendu de toute fonction ecclésiastique indéfiniment et jusqu'à pleine et entière résipiscence l.
Sur le rapport, présenté par l'académie, le gouvernement prit contre Juvet l'arrêté suivant:
Le conseil d'état du canton de Vaud,
Vu les plaintes parvenues de divers côtés contre M. le ministre Fran çois-Henri Juvet, suffragant de la paroisse de i'Isle, tant sous le rapport de la manière dont il remplit ses fonctions en général, qu'en particulier sur la conduite qu'il a tenue dans deux visites qu'il a faites de l'école du dit lieu;
Considérant qu'il résulte des aveux mêmes de M. Juvet, contenus soit dansi ses réponses à l'académie, lorsqu'elle l'a interrogé, sous la date du 8 courant, soit dans la lettre du dit M. Juvet au conseil académique en date du 31 mars dernier, que cet impositionnaire a tenu dans l'école, et en présence des écoliers, les propos suivants :
Il a dit, qu'il y a du faux et des choses mauvaises et contraires à la vérité dans certains passages du catéchisme d'Osterwald, adopté pour les écoles du canton comme livre élémentaire; que les enfants devaient bien prendre garde de les croire, et qu'ils pouvaient tracer cela;
Que ce catéchisme contenait des passages très mauvais; que c'était un ouvrage de Satan et qu'il en faudrait retrancher plusieurs ailicles directement opposés à la parole de Dieu;
Il résulte de plus, des réponses de M. Juvet à l'académie, qu'au nombre des reproches qu'il fait au dit catéchisme se trouve celui que cet ouvrage met toujours d'accord la raison avec V évangile ; qu'il est pleinement pélagien, qu'il ne renferme rien à V égard de la régénération de l'homme et qu'il le laisse dans la mort, etc. ;
Il résulte encore des réponses de cet impositionnaire, que ce qui l'a empêché de paraître à la première invitation de l'académie, c'est, a-t-il dit, la considération de la manière dont on a traité les ministres évangéliques et l'arbitraire dont l'académie fait usage ;
1 Procès-verbaux de l'académie, 8 avril 1823.